L’ancien PDG du groupe Casino a été condamné à quatre ans de prison, dont un an ferme à exécuter à domicile sous bracelet électronique. Le groupe, repris en 2024 par le milliardaire tchèque Daniel Křetínský, a écopé d’une amende de 40 millions d’euros, dont 20 millions avec sursis.
Procès Casino : Jean-Charles Naouri condamné en première instance
Janvier s’ouvre sur une mauvaise note pour l’ancien dirigeant emblématique du groupe Casino. Dans un verdict rendu jeudi 29 janvier par le tribunal correctionnel de Paris, l’ex-PDG a été condamné à quatre années de prison, dont un an ferme à exécuter à domicile sous bracelet électronique. Il se voit également infliger une amende d’un million d’euros et une interdiction de diriger une entreprise pendant cinq ans. Les juges l'ont reconnu coupable de corruption privée active et manipulation de cours en bande organisée par diffusion d’informations fausses ou trompeuses.
Les faits pour lesquels étaient poursuivis Jean-Charles Naouri, trois de ses proches collaborateurs et le journaliste Nicolas Miguet s'étalaient entre septembre 2018 et juin 2019. Selon la thèse du Parquet national financier (PNF), il aurait versé quelque 823 000 euros à un journaliste spécialisé dans le petit actionnariat afin de redorer l’image du groupe Casino sur les marchés, alors très dégradée, au moyen de suggestions et de recommandations d’achat adressées à ses lecteurs via des lettres boursières. Faute de preuve quant à l’impact de ces actions sur le cours de Casino, le délit de manipulation de cours par recours à des procédés fictifs n’a pas été retenu.
La transaction aurait été conclue en septembre 2018, à l’issue d’une brève rencontre entre les deux hommes. Lors de l’audience du 16 octobre 2025, le procureur avait dénoncé un « pacte entre un émetteur de premier plan [Casino] et un journaliste de seconde zone ». La défense a, pour sa part, évoqué un contrat portant sur des abonnements aux publications de Nicolas Miguet au bénéfice des 1 800 directeurs de magasins du groupe, ainsi que des prestations de conseil en communication assurées par ce dernier.
Des peines sévères pour Nicolas Miguet
Quoi qu’il en soit, la rencontre et la convention auraient été mises au point par trois hauts dirigeants de l'enseigne : Franck-Philippe Georgin, alors secrétaire général du groupe Casino, Jacques Dumas, conseiller juridique du groupe, et Nicolas Boudot, directeur de la communication. Tous trois, membres du top management, se tenaient aux côtés de leur ancien patron sur le banc des accusés. Ils ont été condamnés par le tribunal, présidé par Bénédicte de Perthuis, à des peines de trois ans de prison avec sursis, assorties d’amendes allant de 250 000 à 500 000 euros, ainsi qu’à des interdictions d’exercer des fonctions salariées liées à la communication au sein d’une société cotée pendant cinq ans, également assorties de sursis.
La 32e chambre correctionnelle du tribunal de Paris a fait preuve d’une grande sévérité à l’égard du journaliste accusé d’avoir diffusé de fausses informations afin d’inciter les petits porteurs à acheter des titres Casino. Nicolas Miguet a été condamné à quatre ans de prison, dont deux fermes, avec mandat de dépôt à effet différé et exécution provisoire. Une peine notamment justifiée par le casier judiciaire du prévenu, entaché de 19 condamnations. La lecture du jugement a mis en évidence une « violation répétée et délibérée de ses devoirs de journaliste » par Nicolas Miguet et a révélé les craintes des juges quant à l’existence d’un « risque avéré de réitération ». Des amendes ont également été prononcées à son encontre, à titre personnel et pour ses différentes sociétés, le tout assorti d’une interdiction de gérer pendant dix ans.
Appel interjeté
La personne morale de Casino, finalement recapitalisée en 2024 par l’homme d’affaires tchèque Daniel Křetínský, a pour sa part été condamnée à une amende de 40 millions d'euros, dont 20 millions avec sursis. Rémi Lorrain, l’un des avocats du groupe, s’était indigné contre les réquisitions « irresponsables » du PNF, qui avait requis 75 millions d’euros à l’encontre d’une entreprise exsangue. Il avait notamment reproché au Parquet d’imputer l’infraction de corruption à la personne morale tout en affirmant, dans le même temps, que les prévenus avaient agi à son insu, sans respecter les procédures internes.
Jean-Charles Naouri et Nicolas Miguet ont d'ores et déjà annoncé faire appel de la décision. L'un des avocats de l'ancien PDG du distributeur, Francis Teitgen, a appelé au respect de la présomption d'innocence de son client puisque « l’appel anéantit le jugement ».
Anne-Laure Blouin
Lire les récits d'audience
Procès Casino : l’étrange relation de Jean-Charles Naouri et Nicolas Miguet
Procès casino : « Il était l’homme parfait pour accomplir cette sale besogne »
Procès Casino : « Pas le moindre Takieddine dans ce dossier ! »