Publié en octobre 2024 par Clarence Tocchio, « La donnétisation ou le vol de notre identité » appelle à une prise de conscience collective des dangers que représente la numérisation massive de nos informations.
« La donnétisation ou le vol de notre identité » : ouvrir les yeux sur le commerce des données personnelles
Paru à l’automne 2024 aux éditions L’Harmattan, l’ouvrage a peu fait parler de lui en dépit du sujet sensible qu’il aborde : la commercialisation des données des utilisateurs de services numériques. Condensé de plusieurs mémoires rédigés par l’autrice elle-même pendant ses années d’études, il met en avant les dérives d’une numérisation croissante de nos informations personnelles au profit de géants – et de moins grands – du Net.
Le titre annonce la couleur avec sa mention « ou le vol de notre identité ». Car au-delà des données auxquelles tout le monde pense – numéro de téléphone, e-mail, etc. –, il s’agit également des informations immuables, par exemple votre numéro de sécurité sociale ou vos caractéristiques biométriques. À l’heure où divulguer ces renseignements est monnaie courante, l’ouvrage pointe avec justesse l’absence, ou l’oubli, de précautions d’usage. Il liste des exemples réels et multiples de récupération massive des données des utilisateurs et les moyens utilisés pour ce faire comme le plus célèbre d’entre tous : le consentement par défaut de l’utilisateur à l’analyse de ses données, leur utilisation et leur vente à des tiers. Ou encore de l’obsolescence de certains services numériques si l’on ne met pas à jour ses données personnelles. Mais le plus simple pour les Gafam (entre autres) reste encore la participation active des utilisateurs. Comment leur proposer le contenu le plus adéquat ou le plus rentable pour les annonceurs ? Analyser ce qu’ils « aiment » sur Facebook, observer leur environnement lorsqu’ils chassent des Pokémon (à l’époque de Pokémon GO) pour les attirer vers le fastfood partenaire le plus proche (« tiens donc ! un Salamèche à côté d’un Starbucks »). Et bien sûr, se servir des applications de rencontre qui drainent tout un tas d'informations, volontairement communiquées, sur votre futur(e) partenaire.
Cette énumération parfois effarante (« Ça existe vraiment ? », se demande-t-on) n’a pas pour but d’alarmer le lecteur. Le livre se veut surtout instructif et préventif. Ce que l’autrice dénonce c’est « cette accoutumance à l’utilisation des nouvelles technologies sans se soucier des répercussions ». L’idée « n’est pas de pousser à vivre en autarcie, mais de rappeler de se méfier de l’origine du service utilisé. D’en avoir une utilisation raisonnée et réfléchie sans devenir paranoïaque », précise Clarence Tocchio. D’ailleurs, cette dernière propose tout un inventaire de solutions pour se protéger de la transmission quasi permanente de nos données tout en profitant des services numériques sereinement.
La donnétisation ou le vol de notre identité a été adapté pour parler au grand public. Fluide, clair, allant droit au but, l’ouvrage s’adresse au lecteur averti comme profane. Dédicacé à « tous ceux qui disent qu’ils “n’ont rien à cacher”, mais qui ferment les portes pour préserver leur intimité », il est à mettre en réalité entre toutes les mains (adolescent compris). Car soulever les pièges de la numérisation de nos informations n’est plus seulement nécessaire, mais fondamental.
La donnétisation ou le vol de notre identité, Clarence Tocchio, Éditions L’Harmattan, 112 pages, 13 euros
Lire un extrait sur le site de L’Harmattan
Chloé Lassel
Image : ThisIsEngineering


