Avocate au sein du célèbre cabinet Darrois Villey Maillot Brochier, Carine Dupeyron en peu de mots dit beaucoup, préfère parler des autres plutôt que d’elle-même. Pour celle qui ne se lasse jamais d’apprendre, c’est dans l’altérité que l’on se construit.
Carine Dupeyron, ex aequo et bono
« Aujourd’hui, c’est le métier que je veux faire, l’endroit où je veux être », énonce posément Carine Dupeyron. Le métier, c’est celui d’avocate spécialisée en arbitrage international. L’endroit, le prestigieux cabinet Darrois Villey Maillot Brochier. Faire de l’arbitrage, « [elle] n’y étai[t] pas destinée ». Et pour cause : venant d’une famille de médecins, son bac S en poche, Carine Dupeyron enchaîne sur une classe préparatoire aux grandes écoles et entre à l’EM Lyon Business School. Il ne lui faut cependant pas longtemps pour se rendre compte que ça ne lui convient pas. En revanche, les cours de droit qui y sont dispensés, eux, sont… intéressants. Ni une ni deux, elle s’inscrit en droit tout en poursuivant son école de commerce. Et passe le CRFPA alors qu’elle est en première année de maîtrise. Herbert Smith Freehills la prend donc pour un stage au sein de son antenne singapourienne – un présage peut-être lorsque l’on sait que la cité-État est un haut lieu d’arbitrage international –, et l’embauche deux ans plus tard, à Paris cette fois-ci. Si le cabinet l’intègre initialement dans son département corporate – car qui dit « école de commerce » dit « corporate » –, l’avocate s’arrange pour bifurquer en contentieux. « Parce que je ne voulais pas faire les métiers de droit qui ressemblent aux métiers d’école de commerce. C’était le droit pour le contentieux et l’arbitrage », commente-t-elle.
Très tôt déjà, cette native du Tarn en quête de voyages sait qu’elle veut mener une carrière internationale. C’est sans doute la raison pour laquelle à 18 ans, elle fait une césure pour s’inscrire à la Columbia University de New York en histoire de l’art et psychologie. Elle fréquentera d’ailleurs de nouveau les bancs de l’illustre université américaine pour y étudier l’arbitrage international, dix ans après sa première venue, trois ans après le début de sa vie professionnelle. Son « équivalent M1, très généraliste » ne suffisait pas à ses yeux pour faire du droit international privé et public.
« Je ne voulais pas faire les métiers de droit qui ressemblent aux métiers d’école de commerce »
Nombre d’avocats affirment que porter la robe c’est exercer plusieurs métiers. C’est le cas pour Carine Dupeyron, également arbitre au tribunal arbitral du sport de Genève et enseignante depuis une dizaine d’années à Science Po Paris – depuis qu’elle assume son parcours d’avocate qui a tardé à fixer sa spécialité. Rien d’insurmontable pour cette sportive qui pratique le ski de randonnée en Norvège et aime arpenter la montagne Noire dans le Massif central.
Que garde en mémoire la Toulousaine d’origine et de cœur de ces quelque vingt-cinq années d’exercice ? « Nous avons toujours trois ou quatre dossiers qui marquent dans une vie, mais ce que je retiens, ce sont les rencontres », les personnes auprès desquelles on apprend, qui vous aident à bâtir votre carrière et qui deviennent des amis fidèles. À l’instar de Jean-Michel Darrois, l’un des fondateurs du cabinet, pour qui elle éprouve « une admiration sans bornes et dont [elle] respecte l’intelligence tout en subtilité », ou de Laurent Aynès, associé de l’illustre maison parisienne, qu’elle décide de rejoindre au 69 de l’avenue Victor Hugo, « quelqu’un d’une intelligence rare, tant intellectuellement qu’humainement… ». Aujourd’hui, Carine Dupeyron codirige le département arbitrage avec celui qu’elle estime profondément et nous rappelle qu’il ne faut « jamais faire de compromis sur le choix des gens avec qui vous allez travailler ».
De nouveaux défis
Si elle ne peut élire l’affaire qui l’a le plus marquée, elle a un faible pour celles qui impliquent des athlètes. Elle admire les sportifs de haut niveau à la vie dure et solitaire. Être à leurs côtés lui donne un réel sentiment d’utilité et pas seulement celui d’accomplir une énième mission. Le temps du Covid lui aura offert le luxe de les fréquenter fréquemment, le public ayant été banni de l’édition tokyoïte des Jeux pour lesquels elle était arbitre. Année sportive par excellence, 2024 lui a permis de renouveler l’expérience au tribunal du sport ad hoc des Jeux olympiques et paralympiques de Paris. Sera-t-elle de la partie pour Los Angeles ? « Tokyo et Paris ont été des expériences uniques, magiques toutes les deux, quoique différemment… J’aimerais beaucoup Los Angeles… Mais non, il faut laisser la place aux autres. » Et par là, comprendre la nouvelle génération. Nouvelle génération à qui elle envie cette capacité de penser si tôt à sa carrière, elle qui n’avait pas de plan établi avant ses 35 ans.
Alors que reste-t-il à réaliser maintenant ? Apprendre encore et toujours. Une autre langue à ajouter à l’espagnol et l’anglais qu’elle parle couramment : elle hésite entre le portugais et l’italien. Ou, pourquoi pas, les deux. Et aussi le chant : elle souhaiterait bien chanter, pas seulement chanter juste. L’essentiel ? Nourrir sa curiosité, sortir de sa zone de confort. Mais existe-t-il encore des endroits où Carine Dupeyron n’est pas à l’aise, hormis les fauteuils de certains théâtres parisiens dans lesquels elle voit les pièces d’Alexis Michalik, de Wajdi Mouawad ou de Joël Pommerat ? Cela reste à découvrir. Questo resta da scoprire.
Chloé Lassel
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