À la tête de la direction juridique de Covéa depuis quatre ans, Mariette Bormann émet des ondes positives pour quelqu’un qui a fait de la gestion des accidents de la vie un travail quotidien. Portrait d’une juriste inspirante.

« Je suis arrivée là par hasard et j’y suis restée par conviction et par satisfaction. » « Là », c’est le secteur de l’assurance. Mariette Bormann l’a infiltré au début de sa vie professionnelle, à la fin des années 80. Quatre décennies plus tard, elle dirige les affaires juridiques du groupe Covéa plus connu pour ses marques MAAF (« c’est la MAAF qui assure ! »), MMA (« zéro tracas ») et GMF (« assurément humain »). Cette femme qui démarre sa journée par un thé vert se voyait, à 20 ans, davantage dans les relations internationales que sur le marché du risque. Elle a idéalisé le métier d’hôtesse de l’air, s’est projetée dans un laboratoire pharmaceutique et a rêvé trois ans durant, lorsqu’elle était au lycée, de devenir astronaute. Avec des parents dans l’industrie et le commerce, rien ne la prédestinait vraiment au droit. Férue d’histoire et bonne élève, cette Alsacienne de naissance « commence » à Science Po et rencontre son role model. « Il y a des professeurs qui marquent. » Celui-là était secrétaire général, « à l’américaine ». C’est ce qui lui a donné envie de devenir directrice juridique.

Infidélité à l’assurance 

À l’époque, les Big Four étaient 8 et les étudiants savaient déjà que, pour y accéder, il fallait passer par les bons masters, comme le DJCE de Lyon d’où sortait Mariette Bormann. La jeune femme décroche son premier job chez EY où elle ferraille en fiscalité des entreprises. Deux ans plus tard, elle s’en va chez Axa qui l’a démarchée. Nous sommes en 1998, soit deux ans après le rachat par le groupe la Compagnie du Midi.. Là-bas, elle travaille sous l’aile du Bayonnais Henri de Castries, alors secrétaire général et directeur financier, et planche sur des problématiques de structuration, sur des opérations de fusions-acquisitions. L’angle reste fiscal, mais la frontière avec le juridique commence à s’estomper. « Certains juristes sont très à l’aise avec les chiffres », nous explique cette femme qui a toujours apprécié la comptabilité et la fiscalité.

Puis à 32 ans, Mariette Bormann atteint le poste convoité depuis Science Po : celui de secrétaire générale. Elle occupe ces fonctions pendant sept ans chez Generali. Juste avant de faire « une infidélité à l’assurance ». La juriste-fiscaliste qui se frotte aux opérations d’acquisitions et de cessions rejoint un fonds d’investissement. Elle s’y amuse, accaparée par un arsenal contractuel diversifié, mais le 11 septembre 2001 fait revoir au fonds son mode d’organisation. Elle sent le vent tourner et s’en va retrouver ses premières amours chez Malakoff Humanis. Heureuse d’y trouver toute la « variété d’un groupe de protection sociale », à caractère non lucratif et doté d’un fonctionnement suis generis, avec un paritarisme très ancré. Travailler main dans la main avec les syndicats et le patronat, c’est tout nouveau pour Mariette Bormann qui apprend les ficelles de la diplomatie et de la politique. Elle y travaille onze années – notamment sous la direction de Guillaume Sarkozy – pendant ces moments charnières qu’ont été la réforme des retraites, les mouvements de 2008. « Des épisodes qui marquent. »

« Faux ou juste, je chante »

Pendant les années qui suivent, Mariette Bormann se fait démarcher de nouveau et plusieurs fois. D’abord par le mastodonte VYV (Harmonie Mutuelle et MGEN) où elle prend des fonctions élargies, notamment relatives aux questions de conformité. Puis, par la Fédération française de l’assurance qui la presse de devenir directrice juridique. En 2021, la seconde vague du Covid arrive. Mariette Bormann s’installe à la direction juridique de Covéa. Elle semble avoir trouvé nouvelle chaussure à son pied. « C’est agréable de voir que les gens viennent au travail avec plaisir. » On devine que la directrice juridique dont on souligne souvent la bienveillance n’est pas étrangère à cette bonne ambiance. Face à son sourire et son entrain naturel, on ne sourcille pas quand elle confie vouloir apprendre à jouer de la trompette. C’est pourtant Elvis Presley qui lui vient en tête quand la conversation prend une tournure musicale. Jamais à court de surprise, la directrice juridique de Covéa livre au passage son faible pour l’imitation des percussions et sa manie de pousser la chansonnette – « faux ou juste, je chante » – pour se détendre.

Parmi ses autres signes distinctifs : une reconnaissance débordante pour sa belle-mère qui a fait de son mari un homme patient qui a largement contribué à sa jolie trajectoire professionnelle. Cette dame, mère de cinq garçons, et qui aurait aimé être gynécologue, l’a beaucoup inspirée, y compris dans son rapport au travail. « Il faut avoir suffisamment confiance en soi pour passer outre des attaques susceptibles de viser celles qui veulent aller loin. » Mariette n’a pas d’illusion et sait qu’elle a été chanceuse de tomber sur de bons mentors. « J’ai commencé ma carrière à une époque où c’était difficile pour les femmes directrices. »

Activités porteuses de sens

Sa foi dans les vertus du système assurantiel l’a sans doute portée là où elle est. Mariette Bormann œuvre dans un secteur pilier de nos sociétés. « Aucun projet ne se fait sans assurance. » Pas de grand programme : industriel transport, santé… Mais alors, comment tiendra-t-il face aux effets du réchauffement climatique ? Fidèle à elle-même, la juriste tend la parallèle avec l’évolution du remboursement des médicaments en France, plus strict aujourd’hui que dans les années 70. Difficile de maintenir une couverture généreuse avec une population vieillissante et qui s’accroît. Au 21e siècle, il faut accentuer la prévention – maintenant qu’on a appris de nos erreurs –, dans l’octroi de permis de construire dans des zones exposées par exemple. Si elle parvient bien à la contenir, l’anxiété peut gagner cette fan du Petit Prince et de Victor Hugo. « Le retour des guerres et de conflits extrêmement violents et d’une grande cruauté sur l’ensemble de la planète : Ukraine, Moyen-Orient, Afrique noire, Gaza… On finit par se dire que ça pourrait arriver en Europe plus rapidement qu’on ne pourrait le penser. » Elle souligne à raison qu’il a suffi d’une poignée d’individus pour qu’éclate la Seconde Guerre mondiale. L’autre sujet sur toutes les lèvres, celui de l’intelligence artificielle, ne lui fait pas tellement peur, toute confiante qu’elle est dans l’humain. Elle espère simplement que « l’IA dégagera du temps en automatisant des tâches peu valorisantes pour se concentrer sur des activités davantage porteuses de sens et sur des engagements personnels plus significatifs ».

Anne-Laure Blouin 

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