Plus jeune associé de Hogan Lovells à Paris, Romain Marchand fait partie de la pratique infrastructures, énergie, ressources naturelles et projets du cabinet depuis janvier 2025. Fonceur dans l’âme, l’avocat s’est vite pris au jeu du métier, gravissant les échelons à une vitesse record sans pour autant renoncer à « qui il était ». Portrait.
Romain Marchand, maître d'ouvrages
Breton – et fier de l’être –, Romain Marchand grandit à côté de Rennes « dans une famille bienveillante avec des parents profs ». Une enfance classique somme toute. Bon élève, mais pas trop non plus, le jeune homme s’appuie – ou se repose ? – sur ses facilités scolaires jusqu’à la fac de droit de Rennes où il entame ses études. Un peu par hasard. Sur recommandation d’un prof d’économie du lycée.
Un Breton à Paris
Il opte pour un master assez généraliste de droit des affaires avant de s'engouffrer dans le droit minier. De fil en aiguille, il se découvre une appétence pour le financement de projets, notamment dans le domaine des énergies renouvelables. Mais, il l’avoue sans détour, il est à l’époque « encore un peu immature » et a « besoin de grandir ». Pour ça, rien de tel qu’un Erasmus à Athènes. « Je ne sais pas vraiment comment l’expliquer, mais je suis revenu différent. » L'air hellénique lui fait du bien. De retour en France, le futur avocat ne traîne pas et obtient le barreau du premier coup. Un passage à l’ESCP plus tard, il fait ses premiers stages au sein de prestigieuses maisons parisiennes (à commencer par Hughes Hubbard et Norton Rose), un peu aidé par un avocat rencontré à la fac.
Arrivent alors les « premières claques » ; l’avocat se souvient d’un entretien pour un stage au sein d’un grand cabinet américain où il se fait « rouler dessus ». Là, il comprend qu’il va devoir bosser. Peut-être parce que c’est un « provincial », Romain Marchand croit dur comme fer en la méritocratie et met un point d’honneur à travailler sans relâche pour obtenir ce qu’il veut. Et ça paye : il entre chez Linklaters en 2015, où il devient collaborateur au sein de la pratique infrastructure et énergies. Huit années passent avant qu'il suive son mentor Darko Adamovic chez Gibson Dunn. Puis, surprise en 2024 : il est repéré par Hogan Lovells qui lui propose de développer son département infrastructures, énergie, ressources naturelles et projets. Il a à peine 37 ans. Cette opportunité, il la doit notamment à un confrère qui aurait murmuré son nom à l’oreille de la firme régentée à Paris par la redoutable Xenia Legendre. À l'issue de plusieurs mois de discussions, la décision est prise de le nommer associé. Une sacrée prouesse vu son âge. De quoi donner raison à Corneille dans le Cid : « Aux âmes bien nées, la valeur n'attend pas le nombre des années. » Et de quoi ravir ses clients – des porteurs de projets qu'il aiguille aux côtés de Bruno Cantier et d'Olivier Fille-Lambie dans la mise en œuvre de leurs plans, en particulier dans les secteurs des infrastructures et de l’énergie. Ou encore celui du transport : avec le développement des batteries rechargeables pour véhicules, il a du pain sur la planche ces derniers temps.
« Être avocat, c’est un métier de proximité, un peu comme un artisan finalement »
Passionné par son métier, il botte en touche quand on lui demande ce qu’il ferait s’il n’était pas avocat. « C’est peut-être un peu bateau, mais j’aime mon métier – j’aime être utile pour mes clients, qui me rendent bien mon dévouement pour eux. » D’ailleurs, il n'adhère pas à la thèse selon laquelle l’intelligence artificielle remplacerait les robes noires. Et de nous expliquer : « Les clients veulent parler à un être humain, être écoutés, compris et savoir qu’ils peuvent appeler n’importe quand. Être avocat, c’est un métier de proximité, un peu comme un artisan finalement. »
Romain Marchand est un « papa poule ». Ses deux filles, de deux ans et demi et six mois, occupent ses matinées (avant 9 heures) et ses soirées. Quant à son épouse, elle est en train de lancer sa boîte. « 2025 a été assez intense », s'amuse le trentenaire. Mais quand on questionne l’avocat sur le tempo soutenu de son rythme de vie, il dit simplement ne « pas avoir l’impression de faire des sacrifices ». Il ne nie pas mettre beaucoup de cœur à l'ouvrage, « mais pas plus que beaucoup d’autres qui, en plus, n’ont pas forcément la chance d’avoir la reconnaissance [qu’il a] ». Grand bosseur, mais aussi lucide, il a conscience de ses privilèges.
Ses petits plaisirs ? Les verres entre amis, bien qu’ils soient « un peu moins réguliers qu’avant » concède-t-il. « Je vieillis, j’ai un abonnement à l’opéra maintenant ! » Romain Marchand regrette de ne pas avoir développé plus tôt « de fibre artistique », mais « ne désespère pas », car « c’est comme tout le reste, ça se travaille ! », cf. l’abonnement à l’opéra donc. Enfant, il était davantage branché sport. Il aurait adoré être basketteur « mais [ses] qualités physiques [l]’en ont vite dissuadé ». Pas de regret, aujourd’hui, être sportif de haut niveau ne lui plairait plus du tout. La surmédiatisation des athlètes et leur image lissée ne collent pas au personnage, qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui ne rate jamais une occasion de débattre. À l'aube de ses 40 ans, il se contente donc de quelques matchs de tennis hebdomadaires avec ses amis de l’ESCP.
La vie semble sourire à Romain Marchand. Son conseil à sa version de 18 ans ? « Écouter mes parents qui me disaient de travailler ! » Malgré tout, il ne changerait pas grand-chose à son passé, ses petits écarts de conduite d’adolescent ne l’ont pas empêché d’avoir la vie qu’il a aujourd’hui. Au sommet de ses réussites : ses filles, bien sûr, et la fierté de ses parents et ses grands-parents quand il a prêté serment au Parlement de Bretagne. C’est pour eux qu’il a choisi de passer le barreau à Rennes. Du collégien breton un peu indiscipliné à l’avocat associé chez Hogan Lovells, Romain Marchand n’a pas l’impression de s’être renié. « J’ai grandi, j’ai évolué bien sûr, mais je n’ai au fond pas tant changé. »
Ilona Petit


