Associée en contentieux, arbitrage et enquêtes chez Linklaters, Éléonore Hannezo se raconte par petites touches. Discrète, l’avocate qui ne voulait pas l’être ne se livre totalement que sur une chose : ce cabinet où elle se sent si bien.

« Je ne pense pas avoir beaucoup à dire », précise d’emblée Éléonore Hannezo derrière son café au Lapérouse. Mais si ! Il faut juste savoir où commencer. Déjà par le début, alors qu’elle a 18 ans et qu’être avocate ne l’intéresse pas plus que cela. Passionnée de littérature, d’histoire et d’économie, la jeune femme qu’elle est entre à Science Po après le bac. Son chemin semble tout tracé. Mais c’est sans compter le déclic « droit » qu’elle a en troisième année  le moment où il faut partir à l’étranger. Éléonore Hannezo décide de faire un stage de paralegal dans l’équipe contentieux du cabinet new-yorkais Schulte Roth & Zabel. Elle y rencontre son tuteur, celui qui lui donnera envie d’être avocate. Ancien procureur, litigator, cet avocat l’emmène assister à de nombreux procès. L’homme la fascine, elle veut lui ressembler. Le métier la passionne, elle se dit qu’elle veut l’exercer. Les éléments déclencheurs ? Réussir à dénouer un conflit violent de façon civilisée, remettre en cause les faits sans relâche.

« Il y a énormément de préjugés sur les cabinets anglo-saxons. Mais j’y ai trouvé un équilibre rare : une très forte exigence, dans une joyeuse ambiance »  

De retour en France, la Parisienne s’inscrit à l’école de droit de Science Po pour faire du contentieux. En matière de cours, elle estime avoir été gâtée. Les enseignants sont des stars du barreau, à l’instar de Jean-Michel Darrois. À l’époque, elle ne s’en rend même pas compte. Elle sait juste que c’est passionnant et s’essaye à plusieurs spécialités. Se pose la question au moment d’effectuer ses stages : cabinet français ou cabinet anglo-saxon ? C’est tout d’abord chez lexcellent Darrois, dont la réputation n’est plus à faire, et ensuite chez Metzner, alors l’un des pénalistes les plus renommés de Paris, qu’elle fera ses premiers pas. Entre les deux, elle passera par le Conseil d’État.

Mais pour celle qui a résidé à New York enfant et qui y est retournée durant ses études, il faut exercer au sein d’une firme internationale. « J’ai vécu à l’étranger quand j’étais enfant. J’aime les environnements internationaux et j’aurais eu le sentiment de perdre quelque chose d’essentiel si j’y avais renoncé. » Alors, pour son stage final, son choix s’arrête sur Linklaters. Elle y est toujours. « Il y a énormément de préjugés sur les cabinets anglo-saxons. Mais j’y ai trouvé un équilibre rare : une très forte exigence, dans une joyeuse ambiance. » Pour celle qui n’avait pas de plan de carrière, ce mastodonte du droit des affaires est rassurant. À peine arrivée, elle travaille sur des dossiers d’ampleur d’une variété infinie. Ce qui la marque. Du pénal, du civil, du contentieux AMF, des cyberattaques… Plus c’est complexe, plus c’est critique, plus elle aime. Si, en prime, ces affaires comportent une dimension internationale, c’est encore mieux. « C’est toujours très intéressant quand un directeur juridique étranger découvre le droit français », dit-elle en souriant. Aujourd’hui, la jeune associée accompagne des multinationales françaises et étrangères sur des cas aux enjeux stratégiques (et stratosphériques).

Quand les rôles s’inversent

Éléonore Hannezo est intarissable sur Linklaters. Sur ses avocats plutôt. Formée par Arnaud de La Cotardière, qu’elle respecte et admire profondément, elle a eu aussi l’occasion de « mentorer » Charlie Jacobs, alors senior partner monde du cabinet, dans le cadre dun reverse mentoring où se côtoient un junior et un senior pour qu’ils apprennent l’un de l’autre. La jeune collaboratrice se retrouve donc avec le « grand patron ». De quelle manière ce binôme a-t-il été constitué ? Aucune idée, mais elle a eu de la chance. Avec Charlie Jacobs, elle grandit professionnellement, découvre le fonctionnement du big five. Si aujourd’hui l’avocat a raccroché la robe pour devenir codirecteur de la banque britannique JPMorgan, il aura passé l’essentiel de sa carrière (trente ans) chez Linklaters. Tout comme Arnaud de La Cotardière qui y est resté plus de vingt-six ans. Avec de tels mentors, pas étonnant qu’Éléonore Hannezo veuille suivre la même voie.

Au moment de se remémorer les affaires qui l’ont marquée, Éléonore Hannezo pense à celles, rares, impliquant des personnes physiques dans une situation de vulnérabilité à laquelle elles n’étaient pas habituées. Et d’observer qu’avec ces clients-là, on peut voir son planning voler en éclats, comme cette fois où il a fallu « sauter dans un avion pour aller en Afrique représenter un dirigeant convoqué par la police ». Une autre fois encore, c’est un juge malvoyant qui lui a laissé une vive impression. Son client, en sortant de la salle d’audience, lui avait confié avoir eu la sensation d’être écouté. Ce n’est pas tous les jours qu’un avocat entend ça.

Pourquoi pas  

Ce qui lui plaît aussi chez Linklaters ? La place prise par les femmes. Depuis son arrivée, les choses ont changé. Le « grand patron » actuel est une « grande patronne » – en 2021, Aedamar Comiskey a succédé à Charlie Jacobs – et, en France, le managing partner est une managing partner, Françoise Maigrot.

De quoi tirer cette leçon : il importe, pour une femme, de toujours se demander « pourquoi pas » et non pas seulement « pourquoi ». « Une question mieux posée ouvre de nouvelles réponses ». Le temps file, une réunion l’attend, il faut songer à clore l’entretien. De ses hobbies, nous ne saurons pas grand-chose, si ce n’est son goût pour la lecture et la marche. De quoi sauter à la conclusion qu’elle aime s’évader ? Peut-être. Éléonore Hannezo reste discrète, c’est sa marque de fabrique.

Chloé Lassel

Personne citée :

Éléonore Hannezo

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