Mettre du cœur à l’ouvrage, voilà le credo de Gaël Hichri. Ce spécialiste des enjeux de concurrence, de distribution et de régulation au sein du cabinet Magenta s’est fait une place dans le secteur ultra-réglementé de la santé.

« Je crois énormément en l’État de droit et en la Justice. » À l’écouter, on pourrait penser que la trajectoire de Gaël Hichri était toute trouvée. Pourtant, sa rencontre avec le monde juridique n’a pas grand-chose de captivant. S’il a intégré la faculté de droit de Montpellier, c’est d’abord pour « suivre les copains ». Dans la famille, quasiment tout le monde est médecin ou pharmacien ; celui qui « [n’avait] pas la bosse des sciences » a rapidement compris qu’il n’épouserait pas une carrière dans le milieu de la santé. « Ce qui n’est pas plus mal pour les patients », sourit-il. À moins que son lien avec le secteur ne s’avère indéfectible.

Au cours de ses études, Gaël Hichri se passionne pour le droit de la concurrence avant d’opter pour un master consacré aux produits de santé. Heureux concours de circonstances, son père, alors à la tête d’un laboratoire d’analyses médicales, lui confie un problème d’approvisionnement de réactifs. Ni une ni deux, Gaël Hichri rédige une thèse sur la distribution pharmaceutique, sujet que personne n’avait encore exploré. « Pas simplement pour faire de la recherche », mais surtout pour « mettre du liant entre [deux matières] qui semblaient à l’époque déconnectées pour beaucoup : le droit de la concurrence, par essence libéral, et le secteur pharmaceutique ultra-réglementé ». L’avocat réalise une soutenance auréolée des félicitations du jury. Un comble pour celui qui dit avoir suivi un cursus classique « sans se distinguer ». Mais il ne faut pas s’y tromper, dans la famille, le travail revêt une importance capitale.

« Il y a un véritable problème dans la façon dont on rémunère l’innovation. Pour offrir le meilleur aux patients, il n’est pas possible de travailler gratuitement » 

Selon lui, sa double casquette en distribution, antitrust et régulation, d’une part, et en matière de produits de santé, d’autre part, le fait sortir du lot. Au gré des enjeux, sa pratique se décline auprès des entreprises de santé devant les commissions, les autorités ou lors d’opérations de visite et de saisie. Sans oublier sa clientèle en dehors du monde de la santé, dans l’agroalimentaire ou en matière de franchise. Gaël Hichri guide les industriels spécialisés en pharma et dispositifs médicaux dans leurs démarches d’accès au marché. Là où se dessinent les négociations de prix et les perspectives de remboursement. Un cheminement épineux car, pour lui, « il y a un véritable problème dans la façon dont on rémunère l’innovation. Pour offrir le meilleur aux patients, il n’est pas possible de travailler gratuitement ».

Moyen maniaque

D’ailleurs, « on apprécie encore plus le système de santé français lorsque l’on voit ce qui se fait à l’étranger », mais « rien ne devrait être considéré comme acquis ». L’avocat appelle à un renouvellement continuel « en s’appuyant sur nos piliers et nos valeurs, en France et en Europe ». Gaël Hichri se veut proactif : mieux vaut agir que râler sans s’impliquer. Ce féru de géopolitique suit de très près le contexte macroéconomique avec, d’un côté, les États-Unis « qui marquent un repli avec une politique protectionniste » et, de l’autre, « une Asie très concurrentielle qui, contrairement à ce que bon nombre pensent, confectionne des produits très innovants et non plus que des produits à bas coût ». Pour ce pro-Européen dans l’âme, il n’est plus possible de révolutionner seul le modèle : « Les États européens doivent agir de concert. »

Gaël Hichri a un rapport tout particulier aux périodes historiques qui nous ont menés aux modèles sociétaux actuels. Son intérêt pour le Moyen-Âge – et, par prolongement, pour la Renaissance – en témoigne. Après avoir raffolé des châteaux forts « comme tout gamin », il redécouvre l’époque médiévale à la fac. Il se passionne alors pour cet « âge noir », coincé entre les « âges d’or » de l’Antiquité et de la Renaissance. Pour lui, il s’agit d’une période où tout s’est « créé et imbriqué, déconstruit et reconstruit ». Il dévore les biographies de Louis IV, Philippe IV le Bel ou François Ier qui ont construit la notion d’État à travers la structuration des fiefs, avant une organisation plus nationalisée. Sans compter leur rôle dans les « socles juridiques qui sous-tendent notre société française ». Gaël Hichri débusque aussi de nombreux romans historiques, depuis la suite des Rois maudits de Maurice Druon jusqu’à La civilisation de l’Occident médiéval de Jacques Le Goff, en passant par Les Aventures de Guilhem d’Ussel, signées Jean D’Aillon. Une véritable « tendance monomaniaque » dont l’élan ne s’essouffle jamais.

À géographie variable

« Mettre du cœur dans les dossiers fait partie du boulot », affirme Gaël Hichri. Selon lui, c’est l’un des éléments différenciants dans sa pratique et celle des avocats de Magenta. De son passage par d’illustres cabinets anglo-saxons, il a retenu la rigueur et le goût de l’excellence, bien sûr, mais aussi qu’il existe « autant de façons d’exercer la profession qu’il y a d’avocats ». Quand il ne travaille pas d’arrache-pied, il fait du sport. Trois à quatre fois par semaine, il pratique le ju-jitsu brésilien dont il est « complètement addict » depuis une dizaine d’années. « À l’inverse des sports de frappe, qui peuvent rapidement faire des dégâts, le ju-jitsu est un sport très technique de préhension et de pression qui permet d’y aller à fond dans le respect de son adversaire. Cela renvoie une certaine noblesse. » Si cette discipline représente sa « soupape de sécurité », plus question d’accorder du temps et de l’énergie aux compétitions lorsque l’on exerce une fonction qui demande déjà « 400 % d’implication ». L’intensité de la profession s’allège au contact de ses proches. Famille, amis, compagne et enfant, il admet, avec retenue, mais sincérité, être gâté sur tous les plans.

Dans les moments d’accalmie, il regagne sa « terre d’adoption », le golfe du Morbihan. Avec le regard illuminé, il confie être « tombé amoureux du coin et de ses habitants », à tel point qu’il y a déniché sa maison de campagne. Un écrin idéal pour ce natif du Sud qui ne supporte pas la chaleur. Mais ne lui parlez pas d’un bain de mer ou de contempler les vagues, « le sable, ce n’est pas [son] truc », sauf peut-être pour pratiquer des sports nautiques, comme des sorties en kayak qui lui vident l’esprit et « font chauffer les épaules », plaisante-t-il. Gaël Hichri se définit comme « un gars du Sud qui a trouvé de nouvelles attaches dans le Nord ». Pas de doute, il a atteint le parfait équilibre pour garder la forme.

Léa Pierre-Joseph

Personne citée :

Gaël Hichri

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