Spécialiste du droit des affaires dans le monde du sport, Romain Soiron a érigé le mouvement en philosophie. Associé chez Joffe, l’avocat conçoit l’aboutissement d’un objectif comme l’occasion d’en fixer un nouveau. 

Alors que nous sommes à peine installés, Romain Soiron lance la conversation. L’ambiance décontractée et le tutoiement de rigueur posent le cadre : l’associé du cabinet Joffe est un animal social. Un bavard qui prend plaisir à s’épancher, sans oublier de s’intéresser à son interlocuteur. Ni jamais feindre son contact amical. Mais à l’image d’un athlète dont la notoriété pourrait lui échapper, l’avocat protège sa vie privée. Entre deux anecdotes, il glisse : « Mais ça, tu ne le notes pas, hein !? »

S’il n’avait pas fait du droit, Romain Soiron aurait probablement lancé son propre commerce. « N’importe quel business tant que c’était mon projet. » À l’adolescence, il aspire déjà à être un travailleur indépendant. Une conviction qui le mène finalement vers l’avocature. Là où il est possible de « construire son modèle comme on l’entend, au gré de son inspiration ». Celui qui a commencé sa carrière chez Clifford Chance fait partie de ces avocats actifs dans un secteur qui en jette d’emblée. Fédérations, ligues ou organisateurs sportifs… Ses clients alimentent une industrie foisonnante, notamment dans le football ou encore le tennis. Le ballon rond s’est fait une place à part dans sa pratique, l’avocat accompagnant les grandes transformations économiques de la discipline et, en filigrane, le renouveau de la culture foot. Pourtant, Romain Soiron arrive au sport un peu par hasard. À l’approche de l’examen du barreau, il envisage toutes les hypothèses, y compris celle de l’échec. Quitte à travailler dur, autant dénicher un master qui l’électrise. Ce sera le sport.

Passe décisive 

Paradoxalement, le sport lui sert aussi à évacuer la tension générée par ses dossiers. S’il apprécie les disciplines d’adresse, comme le foot, il confie qu’avec l’âge, « on y joue moins, mais rien à voir avec les ligaments croisés », plaisante-t-il, plutôt parce que « les journées ne durent que vingt-quatre heures ». Pas de quoi botter en touche. « Avec mon fils et ses copains, on organise des confrontations entre générations. » Une perspective d’autant plus réjouissante que le vent tourne en faveur des aînés, « jusqu’ici, on a remporté les rencontres, inutile de décrire l’ambiance retour dans la voiture », sourit-il. Sous son éternel air décontracté, l’avocat cogite en permanence. Il se souvient : « Mon apparence détendue étonnait certains de mes camarades. La réalité, c’est que j’aime quand tout est cadré. Une fois qu’on a bien bossé, on peut se détendre. » Pour Romain Soiron, comme pour tout bon perfectionniste, la rigueur n’est pas une option. Mouiller le maillot pour ses clients non plus. Les écouteurs dans les oreilles, il réalise la quasi-totalité de ses appels debout, à faire les cent pas dans son bureau. Une préparation physique comme une autre dans ce métier « très exigeant physiquement », et surtout mentalement. Il nous confie qu’« en règle générale, quand tu es trop sûr de toi et que tu as trop de convictions, tu risques d’être à côté de la plaque. Cultiver un léger doute permet de vérifier qu’on capture le sujet dans toutes ses dimensions ».

« J’adorerais qu’un psychologue écrive une œuvre consacrée aux avocats afin de leur permettre de décrypter rapidement les différents types de personnalités » 

Romain Soiron a fait ses armes là où se diffuse la « culture du zéro défaut ». De ses débuts au sein d’un des cabinets du Magic Circle, il convient que « l’exigence correspondait parfaitement à [sa] philosophie ». Minutieux et quelque peu hyperactif. « Lorsque j’atteins un objectif, je m’empresse de viser plus loin avec une autre ambition. » L’objectif ? Repousser les limites et camper en haut de tableau. À 32 ans, il rejoint Joffe & Associés pour monter sa propre pratique. Plus besoin d’agents de carrière après sept ans d’entraînement intensif au sein de Clifford Chance. Mais n’allez pas croire que Romain Soiron est fait pour la solitude. « Quand tu échanges et exprimes ce que tu penses, tu fais des parallèles qui nourrissent ta réflexion. À la fin, tout le monde participe à la réussite du dossier, pas que l’associé. » Pas question de convoiter le titre d’homme du match, l’avocat a le sens du collectif et préfère embarquer toute l’équipe. Il ne joue pas « perso » mais il a besoin de se défouler. « Si je ne peux pas exprimer ma satisfaction comme ma frustration librement, je ne me sens pas bien. » Alors, il enchaîne les passes, jusqu’à celle décisive, notamment avec Alvyn Gobardhan, son « partenaire d’émulation » et collaborateur de longue date devenu associé. Aujourd’hui, il vise l’international avec des dossiers outre-Manche ou outre-Atlantique.

Fair-play 

Manier les relations humaines lui offre un avantage de poids lors des négociations qu’il doit mener. Lister ses atouts, ses faiblesses et décliner sa tactique de jeu : « Je veux savoir quelles sont nos lignes rouges et vers où l’on se dirige. » Remporter l’adhésion de l’adversaire s’apparente à une course de fond. Et sa capacité d’endurance repose sur une fine analyse comportementale. « J’adorerais qu’un psychologue écrive une œuvre consacrée aux avocats afin de leur permettre de décrypter rapidement les différents types de personnalités de leurs adversaires pour adapter les techniques de négociation en temps réel. » Si aucune publication n’a encore répondu à sa curiosité, Romain Soiron l’affirme, « une négociation est très personnelle, il faut écouter pour nouer un dialogue ». Nul besoin de croiser le fer lorsqu’on peut négocier avec calme. À la place, l’avocat mène ses parades en finesse : « Il faut parfois emprunter mille chemins pour amener son interlocuteur là où on voulait l’emmener. » Avec lui, « le mythe de l’avocat pitbull est un peu dépassé. On peut nouer de très bons accords sans être agressif ou désobligeant. Et l’on obtient souvent de meilleurs accords sans mettre la partie adverse en difficulté ».

Au sujet de son rapport au travail, il confesse qu’il a « sans doute un sens du service client poussé à l’extrême ». Sorte de rançon de la gloire : « Quand les clients te font confiance, tu veux les satisfaire et ajouter le supplément d’âme. » Avec ses clients, Romain Soiron partage bien plus que les dossiers. Bien souvent, il connaît leur sensibilité et leurs préférences. À la question « faut-il être ami avec son client pour bien le défendre ? », il répond « non, mais il faut les connaître de façon intime pour apporter le conseil le plus adapté ». Un dépassement de fonction qui fait toute la différence.

Après près de vingt ans dans la partie, Romain Soiron se demande combien de temps il va y rester avant de lever le pied. Même s’il évoque ce coup de sifflet final « en plaisantant », l’idée lui effleure forcément l’esprit. Sans doute le jour où il n’aura plus d’objectifs à se fixer dans le métier. Pas sûr que cette âme d’entrepreneur déclare forfait de sitôt.

Léa Pierre-Joseph

Personne citée :

Romain Soiron

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