Elle pensait y rester trois ans ; Cécile de Narp figure finalement sur la liste des plus jeunes associés du cabinet Darrois. Portrait d'une avocate infatigable.

Cécile de Narp nous rejoint au Royal Monceau, sac à dos, casque de vélo et sac Chanel à la main. Notre première impression est la bonne : cette femme ne s’arrête jamais. Elle a poussé la porte de Darrois avant même d’avoir prêté serment. « Je ne supporte pas de ne rien faire », explique celle qui trouvait un peu trop tranquille le rythme de l’École de formation du barreau. Elle se dit volontiers hyperactive, ses proches le confirment. Déjà à l’EFB, alors qu’elle s’était débrouillée pour se faire embaucher par le prestigieux cabinet, ses amies s’étonnaient de la sophistication avec laquelle elle les recevait dans son appartement d’étudiante. « Mais où [trouvait-elle] le temps de faire tout ça ? » À 36 ans, enceinte de son deuxième enfant, l’avocate concède avoir lâché le sport. Plus le temps pour le Pilates ou le yoga ; une journée ne dure que vingt-quatre heures et impossible de battre la montre à la course. En contrepartie, elle ne se déplace qu’à vélo (« ça vide la tête ») et s'amuse à s’interdire l'ascenseur  sans trop y croire, bien que ses bureaux soient perchés au quatrième étage. Dès qu’elle le peut, elle s’installe derrière les fourneaux – « la cuisine est mon exécutoire ». C’est en prenant du recul qu’elle a ses meilleures idées, affirme-t-elle. Résultat : son frigo est un « Tupperware géant ». 

Elle fait partie des plus jeunes associées sur le marché du M&A. Ni son genre ni son âge ne rebute ses clients, qu’il s’agisse de Kering, de Bouygues ou de Stéphane Courbit. Elle était souvent là, en coulisses, derrière les coups d’éclat du magnat de l’audiovisuel qu’elle tient en haute estime. D’aucuns lui disent qu’avec ces super deals, elle est « pourrie gâtée ». Mais n’allez pas croire que cela lui tombe tout cuit dans la bouche : « Je n’économise pas mon temps pour les clients », se justifie cette femme qui ne recule pas devant les nuits courtes. Elle rend à César ce qui appartient à César : « Je ne serais pas là où je suis sans Bertrand [Cardi] et Christophe [Vinsonneau]. »

« On est dans la mine ensemble » 

Dans la famille Narp, je demande la tante. Celle avec qui la jeune associée s'entendait bien et qui était avocate. C'est sûrement à elle que Cécile de Narp doit son orientation en droit. Cette quatrième de la fratrie poussée à travailler dur par un père dans l’informatique et une mère dans les ressources humaines est une « petite fille qui coche toutes les cases ». Bonne élève, née dans une famille où tout le monde bosse dur (ses frères sont passés par Central), on ne croit pas se tromper en disant qu'elle aurait pu tout faire. Après son bac (une formalité), Cécile de Narp quitte Nantes et marche dans les traces de l'un de ses frères – ses parents ne voulaient pas d’une « Tanguy » à la maison. Direction Paris, où elle obtient le barreau avant de faire équipe avec un dingue de sport — de ceux qui font la Diagonale des Fous — « très tolérant » et sans qui elle ne pourrait pas exercer ce métier. « Quand on s’est marié, on voulait ouvrir une crêperie. » Amoureux de la Bretagne (« c’est la vie rêvée »), le couple n’avait pas prévu de rester vivre à Paris. Le week-end, il file dans le Morbihan. Avec leur aînée sur le dos, la Nantaise et son mari ont arpenté un bon morceau du GR34, de Vitré au Mont-Saint-Michel. Si l’avocate reprend le fil de sa semaine dès le dimanche soir, sa capacité à couper impressionne son entourage.

Cécile de Narp a été promue associée il y a deux ans, ce qui s’inscrivait « dans la suite de son parcours amorcé chez Darrois ». Les associés, loin d’être décontenancés par son projet d’agrandir sa famille qu’elle a annoncé de but en blanc, ont validé sa promotion sans difficulté. La Bretonne en est fière : elle veut montrer qu’il est possible d’avoir deux enfants tout en étant avocate en M&A chez Darrois. « Mais à chacun son parcours. » Cette marque de confiance figure au rang de ses plus grandes fiertés, à mettre dans le même sac que les opérations Endemol et BetClic et la reconnaissance de son travail par ses clients.

Amuser la galerie 

Quand on cherche à savoir si elle a un truc pour lutter contre le stress que génère un gros dossier, elle répond tout de go : « J’ai une réserve de sucreries dans mon bureau et, à en juger par la vitesse à laquelle elles disparaissent, je ne dois pas être la seule à compenser le stress par le sucre ! » Selon elle, « plus on avance dans les années, plus on bosse ». Et puis, rien ne part sans qu’elle ne l’ait validé. « Une sorte de contrôle qualité. » Elle met la main à la pâte et un point d’honneur à prendre soin de ses collaborateurs : « On est dans la mine ensemble. » Elle n’aurait jamais pu être avocate à son compte, et ne cherche pas à tirer la couverture à elle : « Il faut montrer au client le travail de l’équipe. » Alors, elle « diffuse » l’information. La jeune femme se voit plutôt comme un boute-en-train, qui entraîne les autres avec son énergie positive. Sans fard, elle reconnaît qu'elle monopolise facilement la parole dans les dîners pour amuser la galerie. Ça fait partie de son personnage. De toute façon, pour faire son job, il n’y a pas de secret : il faut avoir envie. « Si tu y vas à reculons ou pour les mauvaises raisons, ça ne marchera pas. »

Quand, parfois, il lui arrive d’être dans son lit à 22h, elle ouvre un bouquin. Cette fan d’Alexandre Dumas et du Comte de Monte-Cristo aime le roman d'aventure pour le pouvoir d’évasion qu’il offre. Elle a dévoré Je voulais vivre, l’ouvrage dans lequel Adélaïde de Clermont-Tonnerre revisite les aventures des Trois Mousquetaires sous l’angle de Milady. Le must du must ? Un bon roman historique dans lequel on apprend quelque chose, dans le style des Mains du miracle de Joseph Kessel. Elle adore aller vérifier si ce qu’elle a lu colle vraiment à l’Histoire avec un grand « H ». Pas d’écran avant de dormir, Cécile de Narp a eu sa dose au travail. Et puis, elle déserte les réseaux sociaux pour éviter de gaspiller son temps. Chaque minute compte. 

Anne-Laure Blouin  

Personne citée :

Cécile de Narp

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