Ériger l’imaginaire dans le réel, tel est le quotidien de Melvina Valerii qui mène la pratique IP/IT du cabinet Cleach. L’associée et son équipe bataillent, tant en France qu’à l’étranger, pour sécuriser les actifs intangibles par le biais des contrats.
Melvina Valerii, dans les règles de l'art
Nous rencontrons Melvina Valerii un jour d’averse. Malgré un café bondé, le bruissement de la pluie nous coupe des bavardages à proximité. L’avocate rentre tout de suite dans le vif du sujet : « On crée beaucoup en droit », affirme-t-elle, le regard songeur. La propriété intellectuelle, sa spécialité, exige une créativité foisonnante. La sienne et celle des autres. Melvina Valerii se remémore l’orée de sa carrière. Élève avocate chez Altana, elle part en Australie dans le cadre d’un PPI [Projet pédagogique individuel, ndlr]. Là, elle travaille pour l’association Arts Law Center of Australia – qui défend des artistes aborigènes spoliés par une législation britannique encore en vigueur à cette époque – et rencontre des profils internationaux qui œuvrent pour « la préservation d’un droit, d’un héritage ». C'est l’occasion de côtoyer une « législation déconnectée de la réalité française ». Une « incroyable opportunité, » et notamment une chance pour elle « d’intervenir sur un projet de loi en Tasmanie » lors de son séjour sur le Continent rouge.
Encore aujourd’hui, l’international constitue un relais de croissance majeur dans son activité. En plus des team-building organisés par le cabinet à Séville ou encore Dubrovnik, Melvina Valerii parcourt le monde à travers ses dossiers. Certaines missions l’emmènent vers les Émirats, à l’occasion de contrats… oraux. « Verba volent, scriba manent » affirme pourtant le proverbe latin. Comment adapter des contrats conclus à l’oral à la réalité d’une refonte de réseaux de distribution ? L’adversité ravit l’associée qui trouve réponse en brainstorming avec des correspondants locaux. Ou comment établir un équilibre entre « des pratiques anciennes installées » et le droit européen.
« En négociation, j’ai obtenu des débouchés tellement plus favorables en calmant le jeu »
Un profond calme émane de Melvina Valerii qui esquisse un sourire discret : « Mes collaborateurs me le disent, notamment en période sportive. » Pas de recette magique ou de yoga dès l’aube pour l’avocate, mais un état d’esprit : « Tout se gère, dit-elle simplement. Il faut prendre les choses les unes après les autres. » Dans une profession qui se fonde sur l’ingéniosité et l’éloquence, cela signifie « rester affûté et réactif » tout en privilégiant « les approches constructives ». Bien entendu, certains interlocuteurs ou situations peuvent exiger de « hausser le ton ». Mais la tempérance peut aussi être un outil. « En négociation, j’ai obtenu des débouchés tellement plus favorables en calmant le jeu. »
Loin des associés qui se targuent de porter une pratique à eux seuls, Melvina Valerii cite ses collaborateurs et met en avant leur « extraordinaire esprit d’équipe ». Elle donne pour exemple le réflexe qu’ils ont à toujours se répartir la charge de travail chaque semaine. Un mode de fonctionnement hérité du cabinet Granger – où elle a exercé cinq années durant –, avant que celui-ci ne soit racheté par Cleach en 2019. « Il faut protéger l’équilibre collectif, affirme-t-elle. Si l’on doit agrandir l’équipe, on le fait. » Tout aussi simplement, les recrutements s’effectuent de manière unanime. Que d’éventuels candidats se le tiennent pour dit : toute l’équipe participe aux entretiens d’embauche.
De la pierre à l’édifice
De nature curieuse, Melvina Valerii hésitait entre des études de droit et des études d’art, notamment pour devenir architecte. Ces deux penchants se rejoindront en troisième année de droit, lorsqu’elle découvre la propriété intellectuelle, « ça a fait tilt tout de suite ». Celle qui, « petite, écrivai[t] pas mal d’histoires » conçoit la spécialisation IP/IT comme une « dynamique de création » qui mène à la contractualisation.
Ces derniers temps, l’associée aimerait se remettre au dessin ou encore s’adonner à la sculpture. « J'aime me lancer dans des travaux, réorganiser les espaces et restaurer des meubles en bois », confie-t-elle avec un sourire. Des plaisirs hérités de son père, cultivés à deux, et qu'elle perpétue aujourd'hui en initiant la nouvelle génération à ces hobbies. Cette capacité à matérialiser une idée, à lui donner forme et solidité, nourrit directement sa façon d'aborder un dossier — surtout dans les phases de lancement, quand tout reste encore à bâtir. Pour comprendre les enjeux des entreprises ou des institutions avec lesquelles elle œuvre chaque jour, elle n’a pas peur de « mettre les mains dans le cambouis » au profit de leur protection. Cette année, son équipe a d’ailleurs été auditionnée à l’Assemblée nationale pour faire évoluer les législations et « défendre les dynamiques de marché ». Une énième manière pour elle et ses collaborateurs d’« apporter [leur] pierre à l’édifice ».
Alexandra Bui


