Spécialiste incontournable du droit de la concurrence, Romain Maulin a, en 2018, quitté les sommets des grandes firmes pour tracer sa propre voie. Avec Maulin Avocats, il dirige un cabinet boutique conjuguant ambition et excellence juridique.

Romain Maulin est un homme d’intuition. Son instinct, le Bordelais l’a suivi de ses premiers cours de droit européen à la fac jusqu’à la création de son cabinet à tout juste 35 ans. Né de parents intervenant en pédopsychiatrie, rien ne le prédestinait à embrasser une carrière juridique. Mais c’était sans compter sur sa rencontre avec un avocat pénaliste, ami de la famille, qui fait sourdre en lui une forme de curiosité pour le droit, « mais pas vraiment pour le pénal ». L’élève modèle – « bien qu’un peu trop bavard » – entame donc des études juridiques et découvre, à Londres, le droit européen et le droit de la concurrence, un domaine encore assez confidentiel à l’époque en France.

C’est effectivement dans le cadre d’un double cursus franco-britannique que se produit un déclic. À l’université de Westminster, un professeur grec, « aussi brillant qu’atypique », lui révèle toute la richesse intellectuelle d’une matière qui analyse les marchés autant qu’elle les régule. Ça y est, le jeune étudiant a trouvé son terrain de jeu, bien que le droit de la concurrence demeure un territoire de spécialistes.

L’excellence, sinon rien

La suite ? Un parcours d’excellence puisqu’après Sciences Po Paris, il commence sa carrière au sein de firmes internationales comme Herbert Smith Freehills, Allen & Overy puis Dechert. Le jeune avocat est formé par plusieurs figures majeures de la discipline et intervient sur de nombreux dossiers d’envergure. Une période particulièrement instructive, mais dont il finira par percevoir les limites. À 35 ans, il quitte Dechert, chez qui il exerçait alors pour créer Maulin Avocats, un cabinet boutique, exclusivement consacré au droit de la concurrence. Cette décision, il la doit à son flair – encore lui –, mais aussi à Dominic Jensen et Caura Barszcz, coachs dont les conseils avisés ont été structurants dans sa réflexion et l’ont amené à affiner la construction de son cabinet. Regrette-t-il son choix ? Pas le moins du monde : « Je voulais atteindre l’excellence mais différemment : avec moins de distance, moins de process ultra normés, moins d’exigences financières écrasantes. En un mot, en prenant plus de temps pour connaître mes clients et leurs enjeux de développement. »

Lorsqu’il fonde son cabinet, Romain Maulin ne cherche pas à reproduire le modèle économique des grandes maisons dont il est issu. Il a pour projet de développer un segment souvent négligé du marché : accompagner les ETI performantes souhaitant bénéficier d’un savoir-faire pointu en droit de la concurrence sans nécessairement vouloir se tourner vers les grands cabinets internationaux. Ce parti pris s’avère très vite payant puisque son équipe, comprenant actuellement six avocats, figurera, rapidement, au plus haut des divers classements français et internationaux.

Aujourd’hui, Maulin Avocats, qui conjugue technicité, proximité client et autonomie stratégique, intervient devant l’Autorité de la concurrence, la DGCCRF et leurs juridictions de contrôle et accompagne aussi bien des groupes de premier plan que des entreprises de taille intermédiaire.

Le secret de sa réussite ? Certainement sa conception du métier. L’avocat qu’il est ne se résume pas uniquement à ses heures facturables. Lorsqu’on crée, de soi-même, une marque, il s’agit par ailleurs d’écrire, d’enseigner, d’incarner, de prendre la parole, d’analyser les évolutions économiques et réglementaires de cette matière mouvante qu’est le droit. Et de garder intacte sa curiosité intellectuelle : aucun problème sur ce plan pour Romain Maulin qui, dix-sept ans après sa prestation de serment, continue d’éprouver le même intérêt pour le droit de la concurrence et pour les secteurs économiques afférents.

Si l’amateur de tennis et d’alpinisme parle volontiers de son autonomie, il n’adhère pas à la figure de l’avocat solitaire. « Aucun dossier n’est traité seul », explique-t-il. Échanger avec son équipe, ses confrères ou son réseau de confiance fait partie intégrante de sa pratique. Derrière une posture parfois perçue comme « conquérante » se cache un professionnel profondément attaché à la collégialité.

Transmettre et comprendre

La collégialité, un principe qu’il applique dans son management. Lui qui se définit plus comme un technicien qu’un gestionnaire a conscience qu’il doit accompagner les jeunes générations d’avocats. Comment maintenir un niveau d’exigence élevé tout en préservant l’équilibre personnel de son équipe ? Comment fidéliser des talents qui s’interrogent, de plus en plus tôt, sur la compatibilité entre carrière et développement personnel ? Autant de questions à intégrer lorsqu’on s’est fixé pour ambition de construire, sur ce marché, un cabinet de référence.

Lorsqu’on lui demande ce dont il est le plus fier, à la différence notable de certains de ses confrères, il ne cite ni un dossier emblématique ni une victoire marquante. Il évoque plutôt le fait d’avoir préservé son enthousiasme pour un métier souvent éprouvant. Et d’avoir construit un cabinet dans lequel plusieurs collaborateurs peuvent aujourd’hui grandir, se former et développer pleinement leur potentiel.

Le meilleur conseil qu’il pourrait donner aux jeunes avocats ? Lire. Lire le droit, bien sûr, mais aussi (et surtout) tout le reste. Parce qu’avant de comprendre les marchés et les entreprises, il s’agit de comprendre le cœur des hommes ou du moins de s’en approcher.

Ilona Petit 

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