La France recule à la 27e place de l’Indice de perception de la corruption 2025 avec 66/100. Dix ans après Sapin 2, c’est la perception de l’intégrité publique qui se dégrade.

Avec un score de 66 sur 100 et la 27e place sur 182 pays, la France recule dans l’édition 2025 de l’Indice de perception de la corruption (IPC) publié par Transparency International. L’Hexagone perd un point par rapport à 2024 et confirme une tendance baissière amorcée depuis plusieurs années. Transparency souligne un contexte global de stagnation – voire d’érosion – des démocraties établies en matière d’intégrité publique. « On observe un déclin préoccupant et durable du leadership en matière de lutte contre la corruption », analyse Maíra Martini, directrice générale de l’ONG. Même des États historiquement bien classés, comme les États-Unis, le Royaume-Uni ou la Nouvelle-Zélande, voient leur score reculer.

Aux États-Unis, la suspension en février 2025 de l’application du FCPA à l’égard des entreprises américaines par l’administration Trump a notamment nourri les interrogations sur l’engagement du pays en matière de probité économique. À l'échelle du monde, c'est 122 pays sur 182 qui obtiennent un score inférieur à 50, sachant que se rapprocher de 100 signifie qu'on est très intègre. À l'inverse, tendre vers 0 est le signe d'une corruption forte.

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Dix ans après Sapin 2, un palier atteint

Entre 2016 et 2018, l’IPC progresse nettement. La loi Sapin 2, la montée en puissance du Parquet national financier et la structuration des dispositifs de conformité dans les grandes entreprises contribuent à redorer l’image du pays. L’objectif était clair : démontrer la capacité des autorités françaises à sanctionner elles-mêmes les atteintes à la probité, alors que des groupes comme Total, Alstom ou BNP Paribas avaient été lourdement sanctionnés par les autorités américaines. Depuis trois ans, la tendance s’inverse et le score s’effrite pour atteindre 66 aujourd’hui. S’il ne s’agit pas d’un effondrement – la France demeure largement au-dessus de la moyenne mondiale (autour de 43). Sans basculer dans la zone rouge, le pays s’éloigne cependant du groupe des États les plus exigeants en matière d’intégrité publique.

Une Europe occidentale moins exemplaire

Neuf des dix premiers pays mondiaux sont situés en Europe occidentale. Le trio de tête reste inchangé : Danemark (89), Finlande (88), Norvège (81). Pourtant, la région Europe enregistre une baisse de son score moyen qui diminue plus rapidement que dans le reste du monde. Le Royaume-Uni obtient 70, en repli après une décennie marquée par des scandales politiques et des controverses sur le lobbying. À l’autre extrémité de l’Union européenne, Hongrie (40), Bulgarie (40) et Roumanie (45) ferment la marche. Un constat qui ne se limite pas à l'Europe puisqu'au total, cinq pays ont obtenu un score supérieur à 80. Ils étaient douze il y a une décennie. 

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Le paradoxe français tient à l’écart entre sophistication normative et perception internationale. Les autorités ont musclé leur arsenal de lutte contre la corruption en créant des obligations anticorruption pour les grandes entreprises, une agence anticorruption. En développant le contrôle des déclarations d’intérêts, la protection des lanceurs d’alerte et des conventions judiciaires d’intérêt public. Le 8 janvier, le PNF signait d’ailleurs sa 28ᵉ CJIP pour mettre fin à un des volets de l’affaire Cum Cum. Toutefois, l’analyse de Transparency International relève des difficultés persistantes : moyens contraints des autorités de contrôle — un constat que ni l’AFA ni le PNF ne contestent — complexité procédurale, lenteur des contentieux et perception croissante de porosité entre sphère publique et intérêts privés.

Une nuance s’impose : l’IPC mesure une perception, non pas un volume d’infractions. Les affaires d’atteintes à la probité peuplent les médias français ces derniers temps, dans un contexte marqué par la défiance des citoyens face à l’autorité. Ceci explique aussi cela.

Anne-Laure Blouin


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