Le 17 mars 2026, l’Autorité de la concurrence a infligé au Syndicat national des moniteurs du ski français une amende de 3,4 millions d’euros. La raison ? Le SNMSF fausserait le jeu de la concurrence en imposant à ses adhérents une clause d’exclusivité qui leur interdit d’exercer hors des écoles de ski ESF.

Quatre-vingts pour cent. C’est le pourcentage de moniteurs de ski français que regroupe le SNMSF, soit 16 000 sur les 20 000 existants. Une véritable « prédominance » sur le marché de l’enseignement du ski selon l’ADLC qui a prononcé, le 17 mars 2026, une sanction de 3,4 millions d’euros contre le syndicat pour avoir imposé à ses moniteurs de limiter leur activité à l’École de ski français (ESF) et ainsi faussé le jeu de la concurrence.

Présente dans 216 stations françaises, l’ESF couvre presque l’ensemble du domaine skiable français. Cette école créée en 1945 a certes quelques concurrents (comme New Generation, Evolution 2, Oxygène ou encore EasySki) avec lesquels elle se partage les milliers de moniteurs exerçant sur le territoire. Bémol : le SNMSF, en insérant une clause d’exclusivité particulièrement stricte dans ses contrats qui interdit aux moniteurs « d’enseigner dans une structure concurrente individuelle ou collective », a altéré les dynamiques concurrentielles du secteur au profit de l’ESF. Si le droit de la concurrence tolère l’existence d’une obligation d’exclusivité dans les contrats, c’est à la condition que celle-ci n’ait ni pour objet ni pour effet d’évincer la concurrence au profit d’un acteur ou de créer un cloisonnement du marché. La clause adoptée en 2006 constitue donc selon l’ADLC une « pratique anticoncurrentielle par objet » qui limite « la mobilité des travailleurs et la concurrence entre les entreprises ayant recours à leurs services ».

Horizontal et vertical

En outre, et selon le gendarme de la concurrence, le syndicat a rendu au fil des années cette obligation d’exclusivité de plus en plus coercitive. Ainsi, depuis 2013, ceux qui y contreviennent sont automatiquement exclus du SNMSF et de l’ESF. De même, il leur est impossible d’adhérer à un autre syndicat. Résultat : les moniteurs affiliés au SNMSF y restent désormais vingt et un ans en moyenne (chiffre de 2024) contre dix-sept ans en 2014. Aucune autre école de ski n’a pris de mesures aussi drastiques à l’encontre de ses moniteurs selon l’ADLC.

Dans un entretien au Monde, le président du syndicat, Eric Brèche, justifiait la clause d’exclusivité par «  des questions d’organisation interne, indispensables pour garantir la bonne gestion des plannings et la capacité à répondre aux demandes toujours plus précoces des clients ».

L’Autorité de la concurrence a déjà frappé en la matière, qu’il s’agisse de pratiques limitatives horizontales (lorsque les entreprises s’entendent entre elles pour entraver les embauches de travailleurs) ou verticales (lorsqu’une entreprise impose une clause d’exclusivité à ses employés). Le 11 juin 2025, elle avait déjà sanctionné quatre entreprises pour des pratiques anticoncurrentielles de non-débauchage – horizontales cette fois-ci

Enquête de l’Assemblée nationale

Ce n’est pas la première fois que le SNMSF se retrouve sous le feu des projecteurs. Dans le cadre d’une mission « flash » sur la concurrence déloyale dans l’économie du ski et les enjeux pour le tourisme de montagne en France clôturée le 17 décembre 2025, les rapporteurs de la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale ont jugé inquiétante la prédominance de l’ESF.

Raison pour laquelle sans doute le SNMSF, auditionné, observait lui-même, « une défection sensible de moniteurs inscrits en ESF au profit d’une activité totalement indépendante en dehors de toute structure », ce phénomène s’inscrivant dans un contexte de recomposition du secteur. Quant à ses concurrents, le Syndicat international des moniteurs de ski et le Syndicat interprofessionnel de la montagne SIM-CFDT, aussi entendus par les rapporteurs, ils évoquaient une possible concurrence déloyale de l’École du ski français (ESF) en raison de son « influence qui pose question dans l’écosystème touristique, tant au niveau local que national ». L’intervention de l’ADLC tombe à pic. 

Yasmina Hedjam 

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