La DGCCRF inflige à deux sociétés du groupe Shein des sanctions d’un total de 22 millions d'euros. L'administration française reproche au géant chinois de la fast-fashion plusieurs manquements aux règles de protection des consommateurs et aux obligations d'information environnementale.
La DGCCRF inflige plus de 22 millions d'euros d'amendes à Shein
Non-respect du droit de rétractation, information défaillante sur la qualité environnementale des produits et envoi aux consommateurs de confirmations de commande non conformes. Voilà les trois motifs pour lesquels la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a sanctionné deux entités de Shein le 3 juin 2026 à hauteur de plusieurs millions d'euros.
En 2025, le service national des enquêtes de la DGCCRF avait lancé une vaste enquête sur le site internet fr.shein.com. L'objectif était de vérifier si la plateforme appliquait correctement les règles du Code de la consommation, notamment en matière de droit de rétractation, ainsi que celles du Code de l'environnement relatives aux obligations d'information sur les caractéristiques environnementales des produits générant des déchets.
Les investigations ont conclu à l'impossibilité, pour le consommateur, d'annuler son achat dans les conditions prévues par la loi. Les enquêteurs ont également constaté l'absence d'informations relatives à la traçabilité des produits et à la présence de microfibres plastiques dans certains vêtements. Pourtant, cette mention doit être portée à la connaissance du consommateur dès lors que la proportion de fibres synthétiques dépasse 50 %. Dans ce cas, les sites internet doivent préciser que le produit vendu « rejette des microfibres plastiques dans l'environnement lors du lavage ». À l'issue de l'enquête, la société Infinite Styles Ecommerce Co Limited (ISEL), qui commercialise les produits de marque Shein sur le site fr.shein.com, a été condamnée à une amende administrative de 5 764 500 euros.
Autre société du groupe visée par les autorités françaises : Infinite Styles Services Co Limited (ISSL), qui exploite le site fr.shein.com. Elle a été condamnée à une amende administrative de 16 733 190 euros. Le grief retenu concerne la violation des dispositions du Code de la consommation relatives à la vente à distance, en particulier l'obligation de confirmer toute commande sur « un support durable» , par exemple par courrier électronique. La DGCCRF insiste sur le caractère essentiel de cette formalité. Sans cette confirmation, le consommateur peut difficilement faire valoir ses droits, qu'il s'agisse d'annuler son achat, d'obtenir un remboursement ou de faire valoir ses garanties en cas de litige.
L'administration explique que de nombreuses mentions obligatoires étaient absentes des confirmations de commande envoyées par ISSL : le prix du bien, la date ou le délai de livraison, l'identité et les coordonnées du vendeur, les informations relatives aux garanties légales, la possibilité de recourir à un médiateur, le formulaire de rétractation ainsi que les informations relatives à l'exercice de ce droit.
Attaques de toute part
La pression réglementaire sur Shein s'intensifie à l'échelle européenne. Le 27 mai 2025, la Commission européenne et le réseau des autorités nationales de protection des consommateurs (CPC Network), dont la France, la Belgique, l'Irlande et les Pays-Bas, avaient annoncé une action coordonnée contre la plateforme. Quelques jours plus tard, le 5 juin 2025, le Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC), soutenu par des associations de 21 pays, avait déposé une plainte formelle contre Shein. L'organisation l'accusait notamment d'utiliser des « dark patterns », ces techniques destinées à influencer artificiellement les comportements d'achat : faux comptes à rebours, alertes de stock potentiellement trompeuses, création artificielle d'un sentiment d'urgence ou encore « confirm shaming », consistant à culpabiliser l'utilisateur qui renonce à son achat.
Dans la même veine, l'Autorité italienne de la concurrence (AGCM) a sanctionné Shein d'une amende d'un million d'euros pour des allégations environnementales jugées trompeuses. Outre-Atlantique, l'entreprise a accepté de verser 700 000 dollars afin de mettre un terme à une action civile engagée par plusieurs procureurs de Californie. L'affaire portait sur des manquements liés aux délais de livraison et aux obligations d'information des consommateurs.
Shein conteste
Déjà, le 3 juillet 2025, la DGCCRF avait infligé à Shein une amende de 40 millions d'euros pour pratiques commerciales trompeuses. L'enquête avait notamment révélé l'existence de fausses promotions et de réductions de prix présentées de manière trompeuse. En 2026, le gouvernement avait également sollicité devant la justice des mesures de blocage de la plateforme après la découverte, à l'automne 2025, de produits illicites commercialisés sur le site, notamment des poupées sexuelles à caractère pédopornographique et certaines armes interdites. Cette demande n'avait pas été suivie à ce stade.
Les difficultés judiciaires de Shein ne se limitent pas aux autorités publiques. Le 19 novembre 2025, douze fédérations professionnelles du commerce et de l'industrie, regroupées notamment autour du Conseil du commerce de France (CDCF), ainsi qu'une centaine de marques et d'entreprises, avaient annoncé une action en justice contre le géant chinois pour concurrence déloyale.
Le ministre du Commerc Serge Papin fait le bilan : en quelques mois, les plateformes de e-commerce ont fait l’objet de 260 millions d’euros de sanctions. Pour trouver ce nombre, il additionne les 40 millions d’euros d’amende pour Shein en juillet 2025, puis 200 millions d’euros infligés à Temu par la Commission européenne la semaine dernière et les 22 millions d’euros supplémentaires par la France pour Shein. Reste que l'on peut se demander si ces sanctions financières sont réellement dissuasives, à l'instar d'Albane Watine. L'avocate explique sur le réseau LinkedIn : « les volumes d'affaires de ces plateformes se comptent en centaines de millions de dollars par jour ». Et de comparer le montant des amendes aux performances financières de l'entreprise: « En 2025, SHEIN aurait généré près de 85 Md$ de ventes et TEMU plus de 92 Md$. En mai 2026 seulement, les ventes estimées de SHEIN atteindraient 8,6 Md$, contre 13,9 Md$ pour TEMU » . Elle en déduit que l'amende de 22,5 millions d'euros infligée à Shein représente « moins d'une journée de ventes estimées de la plateforme à l'échelle mondiale ». Le parallèle avec l'amende de 200 millions d'euros infligée à Temu par la Commission européenne le 28 mai dernier est vite fait : cette sanction correspond à moins d'une semaine de ventes pour le vendeur de déco. C'est pour la jeune avocate l'occasion de rappeler la distorsion de concurrence entre ces acteurs économiques étrangers qui tirent les prix vers le bas et introduisent des risques en matière de santé et de sécurité dans nos sociétés, et les entreprises françaises et européennes soumises à des obligations strictes, tandis que certains acteurs extra-européens pourront capter le marché en arbitrant entre prix bas, volumes massifs et sanctions ponctuelles. « Il faut faire en sorte que le coût de la non-conformité devienne supérieur au gain retiré de l’accès massif au marché européen ».
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L’entreprise a déjà exprimé son intention de contester fermement ces deux sanctions « dans leur intégralité ». Le porte-parole de Shein explique que « des problèmes techniques, sans incidence sur les consommateurs et déjà résolus le cas échéant, ont servi de prétexte à une sanction exceptionnelle ». Affaire à suivre donc.
Anne-Laure Blouin
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