Ce mardi 17 février, la Commission européenne a annoncé ouvrir une enquête à l’encontre du géant chinois qu’elle soupçonne de vendre des produits illicites, notamment les fameuses poupées pédopornographiques. L’enquête vise également le manque de transparence de l’algorithme de la plateforme ainsi que ses aspects « addictifs », a souligné l’exécutif européen.
Shein dans le viseur de Bruxelles pour vente de produits illégaux
Novembre 2025. L’affaire des poupées pornographiques aux allures enfantines vendues en France sur la plateforme chinoise Shein éclate. Le Parlement européen se saisit du dossier et demande la suspension de plusieurs sites de fast fashion – dont Shein – pour « non-conformité au droit européen ».
Quelques mois plus tard, c’est la Commission européenne qui s’en prend à Shein et ouvre une enquête à son encontre pour infraction au DSA, le Règlement européen sur les services numériques qui vise à protéger les consommateurs contre tout contenu ou produits illicites en ligne.
« Dans l’UE, les produits illégaux sont interdits à la vente, que ce soit dans un magasin ou en ligne », a rappelé la vice-présidente de la Commission chargée du numérique, Henna Virkkunen. Le DSA « protège les consommateurs, veille à leur bien-être et leur donne des informations sur les algorithmes avec lesquels ils interagissent ».
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Produits illégaux, algorithme opaque et « addictif »
Bruxelles reproche au géant chinois de la fast fashion (désormais basé à Singapour) de vendre des produits dont la vente est interdite sur le sol européen, les poupées pédopornographiques certes, mais aussi des armes. Les investigations visent également l’algorithme de la plateforme dont le mécanisme est jugé trop opaque d’après la Commission alors que le DSA exige de la transparence. Enfin, le caractère « addictif » du site est également mis en cause par l’institution bruxelloise, qui lui reproche son système de « récompenses » et d’octroi de points comme système de fidélisation. « Les fonctionnalités addictives pourraient avoir un impact négatif sur le bien-être des utilisateurs et la protection des consommateurs en ligne », écrit la Commission dans son communiqué.
Si ces manquements sont avérés, Shein risque des amendes allant jusqu’à 6 % de son chiffre d’affaires annuel.
De son côté, la multinationale joue le jeu de la transparence et a affirmé « coopére[r] avec la Commission européenne ». « Nous prenons très au sérieux nos obligations au titre du DSA », a affirmé un porte-parole du groupe à l’AFP. Le groupe affirme avoir déjà pris certaines mesures visant à protéger le consommateur, comme la mise en place d’un outil permettant la détection de produits illégaux ou encore un dispositif de vérification de l’âge pour les produits interdits aux mineurs.
Shein devant les tribunaux français
Fin 2025, l’État français a déjà porté devant ses tribunaux le site chinois pour vente de produits illégaux à la suite du scandale des poupées sexuelles. Le tribunal judiciaire de Paris avait rejeté sa demande de blocage total de la plateforme qu’elle jugeait « disproportionnée ». Le tribunal avait en revanche reconnu « un dommage grave à l’ordre public » et l’État français avait assoupli sa position en demandant la suspension de la marketplace réservée aux vendeurs tiers. C’est cette demande qui se trouve actuellement devant la cour d’appel de Paris et sera jugée le 19 mars prochain.
Shein avait pour sa part pris les devants en retirant d’office l’accès à sa marketplace en France à tous les revendeurs tiers, limitant son activité à la vente de vêtements de sa propre marque. Depuis début janvier, la plateforme a réouvert aux vendeurs externes, non sans un bon coup de ménage parmi les produits proposés.
Il n’y a pas qu’en France que Shein se fait remarquer. De l’autre côté du Rhin, le géant chinois a été contraint de retirer ses allégations de neutralité carbone après avoir été attaqué par une organisation de protection de l’environnement pour greenwashing.
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Ilona Petit


