Hogan Lovells célébrait cette année les 15 ans d'une méga-fusion successfull, et les 35 ans de ses bureaux parisiens, dirigés par Xenia Legendre. L'occasion de revenir sur la vision de Miguel Zaldivar chief executive officer (CEO) du cabinet depuis 2020. L'avènement d'un monde en repli sur lui-même n'a visiblement pas de prise sur ce mastodonte du droit. 

C’est l’histoire d’une fusion réussie. « La fusion transatlantique la plus réussie des cinquante dernières années », déclare le chief executive officer (CEO) de Hogan Lovells, Miguel Zaldivar, qui a pris ces fonctions cinq ans, jour pour jour, avant cet entretien. Mais c’est un autre anniversaire qui a créé l’occasion de notre rencontre. Le bureau parisien de Hogan Lovells a 35 ans. C’est l'un des doyens des bureaux européens de la firme. Plusieurs centaines de personnes sont attendues dans les jardins de l’hôtel Salomon de Rothschild en cette journée caniculaire. L’atmosphère étouffante ne gâchera cependant pas la fête pour laquelle Miguel Zaldivar a traversé l’Atlantique. Quelques jours plus tôt, Hogan Lovells accueillait 800 personnes à Miami pour fêter les noces de cristal de l’américain Hogan & Hartson et du britannique Lovells. C’est le temps des célébrations et le moment de mesurer le chemin accompli. « Aujourd’hui, nous ne nous voyons pas comme une firme fusionnée, mais comme une firme entièrement intégrée », explique le leader du cabinet. Une firme ultra cosmopolite qui plus est. Pas plus américaine qu’anglaise, la firme ne souffre pas du travers récurrent des fusions : l’occupation sur terrain d'une culture dominante. « Je siège au Board aux côtés d’avocats venus de part et d’autre du monde : de Chine, d’Allemagne, de Londres, de Washington, de Houston, ou de Paris, avec Marie-Aimée de Dampierre. » La France n’a aucune raison de rougir : Hogan Lovells maintient une représentation optimale des systèmes juridiques où la Civil Law compte autant que la Common Law. Et puis le bureau parisien, à la trentaine bien entamée, est adroitement dirigé par Xenia Legendre, « l’architecte du succès ». « On nous appelait à Paris, la Belle au bois dormant, maintenant nous sommes bien réveillés », s’amuse la managing partner d’origine russe en place depuis 2018. Un bureau parisien, à ses débuts parmi les plus modestes de la firme, qui est devenu l’un des moteurs du mastodonte, aux côtés de ceux de « DC », de ceux de Londres, et des cinq antennes allemandes qui réunissent 400 avocats outre-Rhin sur les quelque 2 800 avocats répartis sur le globe. Hogan Lovells s’épanouit comme une fleur dans le sud de l’Europe : l’Italie compte désormais 180 avocats et l’Espagne 150. Infiltration réussie dans les plus grandes économies du Vieux Continent.

 

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L’un des taux d'attrition les plus faibles parmi ses concurrents

Il y a, derrière le succès de la firme juridique qui se situe parmi les dix premières au monde, une remise en question perpétuelle et méthodique. Des scans quotidiens des marchés pour repérer les sujets et les tendances susceptibles d’intéresser ses clients : numérisation, blockchain, actifs numériques, etc. Paris vient par exemple d’accueillir deux avocats en propriété intellectuelle, spécialisés dans le droit d'auteur et le jeu vidéo : Alexandre Rudoni et Andrea Dufaure en provenance de A&O Shearman. Ce même Shearman & Sterling avec qui Hogan Lovells n’a finalement pas fusionné en 2023. On connaît la suite : Shearman s’est rapproché d’Allen & Overy pour mener à terme son projet de mégafusion. Mais peu importe, Hogan Lovells continue sa marche, produit un chiffre d’affaires de 3 milliards de dollars (dont 60 % sont issus des secteurs Life Sciences, Institutions financières, Automobile & mobilités, Technology, Energie et consommation) et entretient son empire en ralliant des avocats talentueux. L’enseigne affiche l’un des taux d'attrition le plus faible du marché. Pour Sébastien Gros, cela s’explique, au-delà des rémunérations alléchantes, par des mandats très stimulants intellectuellement. « Le simple fait de servir une clientèle de haut niveau, notamment dans différents pays, régions, secteurs et domaines d'activité, me semble très attractif pour nos talents. » Il en est la preuve vivante : il n’a pas quitté le cabinet depuis qu’il en a poussé les portes pour un stage de fin d’études au début des années 2000. Jusqu’à se hisser dans les hautes sphères du pouvoir : à l’International Management Committee (IMC) en juillet dernier en tant que global managing partnerStrategy Implementation and Finance. Miguel Zaldivar fait pleinement confiance au Français : « La firme compte réellement sur son jugement, il est au cœur des décisions critiques. » C’est un leader de la jeune génération. « La firme a trouvé à Paris un leader », affirme le grand patron.

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« Je le dois donc à la prochaine génération »

Autre aspect du cabinet qui plaît à la population des avocats : sa politique d’inclusion ambitieuse. Déjà, en 2020, Xenia Legendre disait à Décideurs : « La réunion de profils venus de tous horizons nous donne un avantage concurrentiel important face à des cabinets d’hommes blancs en costume et cravate. » Et l’inclusion, Miguel Zaldivar y tient. « Je suis un immigré arrivé aux États-Unis à l'âge de 28 ans. » Celui qui a dû cumuler cours du soir et travail de jour a beaucoup d’estime pour son cabinet « qui a permis à quelqu'un comme [lui] de progresser aux États-Unis ». L’ascenseur social, « je le dois donc à la prochaine génération ». Il n’hésitera jamais à clamer, peu importe le contexte, que Hogan Lovells est très attaché à une culture inclusive fondée sur le mérite. Sébastien Gros s’avance : « Nous sommes probablement l'un des grands cabinets d'avocats qui comptent le plus de femmes associées. » Il faut dire que le cabinet compte 20 femmes associées sur 46 associés à Paris. Il a aussi signé la Charte d’Engagement LGBT+ de l’Autre Cercle en France, pour créer un environnement de travail plus inclusif – un choix courageux par les temps qui courent dans certains coins du monde. Mais qui n’a rien de politique. Pour que les gens travaillent bien, ils doivent se sentir bien. C’est dans l’ADN de Hogan Lovells, qui prône, comme tout grand cabinet qui se respecte, « une culture de la performance ». Là-bas, la réussite repose sur trois piliers énoncés par Miguel Zaldivar : « L'honnêteté et l’éthique ; la précision, la qualité de ses écrits et de ses propos ; et le travail acharné. » Pour rendre compatibles vie professionnelle et vie personnelle, le cabinet a vite adopté le télétravail – dès 2015 – dont les managers de Hogan Lovells ont vraiment saisi le potentiel sous l’ère Covid. Le travail à distance a étendu les horizons à la faveur des clients et des avocats. Plus de disponibilité et plus de flexibilité au profit tant du business que de l’organisation des avocats. « La flexibilité bien coordonnée décuple les possibilités de travailler », estime Xenia Legendre qui laisse à chaque équipe une certaine souplesse pour fixer son mode de fonctionnement.

Numéro 1 de l’innovation

Une technologie en entraînant une autre, il faudra composer avec l’intelligence artificielle aussi. « J'exerce le droit depuis 1986. J'ai vu tellement d'inventions qui ont transformé leur profession, du fax au BlackBerry, en passant par l’IA. » Chez Hogan Lovells, c’est CRAIG qui assiste les jeunes et les moins jeunes avocats dans leur travail pour extraire les données utiles aux due diligence, faire des chronologies, des résumés... Tous restent attendus au tournant sur leurs compétences cérébrales. « Nous intégrerons des solutions technologiques sans pour autant remplacer le savoir-faire technique », explique Miguel Zaldivar, qui a supervisé la co-fondation d’ELTEMATE, de la Legaltech derrière CRAIG, avec un associé allemand, Sebastian Lach. Cette legaltech mobilise 70 collaborateurs, dont près de 20 développeurs logiciels, data scientists et experts en IA. La numérisation du cabinet est aussi l’œuvre de Mark W. Brennan, associé directeur mondial pour la numérisation depuis janvier dernier. Le Financial Times a, en juin dernier, sacré numéro 1 le cabinet d'avocats pour son travail d'innovation constant des deux dernières décennies.


25 heures pour appartenir à la communauté

Les intentions de Hogan Lovells ne sont ni secrètes ni modestes : le cabinet entend devenir une puissance mondiale, à l'avant-garde de la mondialisation. Celle issue des glissements politiques, économiques et technologiques de ces dernières années. La mondialisation des années 2000, du temps de la fusion, n’est plus. D’après Miguel Zaldivar, ce qui a fait qu’une « entreprise créée pour prospérer dans une économie mondialisée réussisse davantage dans une économie localisée et segmentée », c’est son excellence dans toutes les pratiques. « Nous avons conçu une entreprise faite pour pouvoir traverser toutes les crises, les guerres commerciales, l'inflation de la chaîne d'approvisionnement, etc. » Un cabinet au premier rang des événements de l’histoire, qui conseille par exemple l’Ukraine dans ses négociations avec les États-Unis sur les droits miniers. Qui se fixe des objectifs à horizon 2030 pour lutter contre le changement climatique. Ou qui obtient l’indemnisation de familles des 39 personnes décédées dans un camion frigorifique, victimes d’un trafic illicite de migrants vers le Royaume-Uni via la Belgique, dans l’affaire « Essex 39 », notamment grâce à la magie de la collaboration inter-bureaux (Paris, Hanoï, Londres et Bruxelles). Hogan Lovells consacre pas moins de 175 000 heures de bénévolat par an à des actions visant à produire un impact durable pour les autres. « J’ai demandé à tous les avocats de l'entreprise d'assurer un minimum de vingt-cinq heures de travail gratuit. C’est la condition pour être un membre de notre communauté. » À 1 000 dollars l’heure, cela représente des millions offerts aux gens qui n’ont pas les moyens de se défendre. Certains avocats, dont des associés, le font à temps plein. « Nous sommes très fiers de cela. » On dirait que, chez Hogan Lovells, on sait peut-être mieux qu’ailleurs faire société.

Anne-Laure Blouin

Personne citée :

Xenia Legendre

Xenia Legendre

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