Par sa fusion avec Schulte Roth & Zabel, McDermott Will Emery s’offre une pratique de niche : la structuration de fonds activistes. Une corde qui manquait à son arc.
Fusion de McDermott Will Emery et de Schulte Roth & Zabel : naissance d’un nouveau poids lourd
Tout est allé vite. Schulte Roth & Zabel et McDermott Will Emery ont fusionné cet été. Annoncée en juillet, l’opération a pris effet dès le 1er août 2025, peu de temps après des négociations qui n’ont pas traîné. Le marché américain avait-il vu venir cette alliance qui classe le dénommé McDermott Will & Schulte parmi les 20 premiers cabinets d'avocats américains en termes d'effectifs et de chiffre d'affaires ?
L’affaire n’est pas mince. À elles deux, les entités fusionnées réunissent plus de 1 750 avocats et un chiffre d'affaires combiné de près de 3 milliards de dollars. La firme, née en août, dénombre déjà plus de 800 associés. « Cette taille nous permet de passer devant un certain nombre de cabinets derrière qui nous étions jusqu’alors », explique Grégoire Andrieux, managing partner du bureau de Paris de McDermott. Avant la fusion McDermott affichait 1 350 avocats, un chiffre d'affaires d'un peu plus de 2,2 milliards de dollars en 2024*, et un bénéfice par associé (BPA) de 4,6 millions de dollars. S’il a choisi plus petit que lui – c’est pour combler une lacune. Schulte (618 millions de dollars l'an dernier et 4,1 millions de dollars de BPA) est un as de la structuration de fonds activistes et du conseil aux hedge fonds, ce que ne faisait pas ou que très peu McDermott. « À New York, Schulte est l’équivalent d’un Darrois ou d’un Bredin Prat, nous éclaire Grégoire Andrieux. Une très belle boutique et qui a une résonance sur le marché américain qu'on ne perçoit pas forcément en Europe ou en France ». Dans la Big Apple, McDermott Will & Schulte va gagner du terrain. « Cette fusion nous fait passer d'un bureau de New York de 350 avocats à 700 ou 750 avocats – un bureau de taille importante pour dans une firme qui se renforce en private equity. » Avec, à la clef, l’ajout à la palette de ses compétences des savoir-faire en M&A, en structuration de fonds, en fiscalité. Rodés aux fonds de private equity de mid-market et reconnus pour ses pratiques dans le secteur de la santé, les avocats McDermott enrichissent donc leur pratique.
En pratique, il s’agit d’une véritable fusion. Cela se vérifie dans la réorganisation du top management. « Le management de New York de Schulte travaillera aux côtés de celui de Mcdermott à New York, même chose pour Londres. » À Paris, où Schulte n’a pas d’équipe, la fusion aura un impact limité, pour le moment. D’après Grégoire Andrieux, une équipe, cependant, a déjà vocation à travailler avec les équipes de Londres – notamment sur les opérations tricolores de Cerberus, le fonds qui a racheté le réseau de banques françaises HSBC. Schulte avait déjà ses habitudes en Hexagone où il collaborait avec certaines boutiques. Sa fusion avec McDermott implanté depuis près de quinze ans dans la Ville lumière devrait changer un peu la donne. Par ailleurs, l’antenne parisienne poursuit sa croissance : elle compte s’étoffer en immobilier, en M&A stratégique, contentieux, tech et IT, en particulier en matière d’Intelligence artificielle et de cryptomonnaies, des sujets déjà bien couverts par les équipes américaines.
De l’autre côté de la Manche, les pronostics sont bons. Le big boss de McDermott, Ira Coleman, a déclaré au média Bloomberg Law qu’il anticipait un chiffre d'affaires d'environ 120 millions de dollars cette année pour le bureau londonien. Dans la city, que le cabinet devrait quitter pour Mayfair en 2028, la fusion réunit une centaine d’avocats spécialistes en fonds, en fiscalité et en capital-investissement. Vingt-huit arrivent des bureaux de Schulte.
Même optimiste pour l’outil Leopard Solutions qui prédit grâce à l'IA l’avenir des fusions de cabinets. Le félin évalue un taux de rétention prévisionnel de 68 %, une perspective optimiste si on la compare aux fusions similaires de ces dernières années. Les acquisitions de Waller Lansden et de Thompson & Knight par Holland & Knight présentaient des taux de rétention respectifs de 71 % et 68 %.
Unir les hommes ?
« Cette fusion est plus qu'une simple collaboration : nous établissons une nouvelle norme d'excellence dans notre profession », a déclaré Ira Coleman. L’opération s’inscrit tout de même dans la tendance de consolidation accélérée que l’on rencontre ces dernières années chez les cabinets d'avocats. Herbert Smith Freehills et Kramer Levin Naftalis & Frankel (HSF Kramer) en juin 2025, Troutman Pepper Hamilton Sanders et Locke Lord (Troutman Pepper Locke) en janvier 2025, Allen & Overy et Shearman & Sterling (A&O Shearman) en mai 2024, Mayer Brown avec le français Ayache au même moment… Selon une étude de Fairfax, le premier semestre 2025 compte déjà 35 fusions de cabinets d'avocats aux États-Unis, un chiffre en augmentation de 25 % par rapport à la même période en 2024. Cinq de ces opérations concernaient des cabinets de plus de 100 avocats. C’est la fusion Hogans Lovells qui avait ouvert le bal des fusions cross-border en 2009, post-crise, l’apogée ayant été atteinte avec la fusion Dentons - Dacheng en 2015 (6600 avocats). On se plairait à croire qu’Antoine de Saint-Exupéry, pour qui « la grandeur d'un métier est avant tout d'unir les hommes », inspire les stratégies des cabinets américains.
Anne-Laure Blouin
*Selon les données publiées par l'American Lawyer.


