Ancienne avocate, aujourd’hui directrice juridique de Zurich Assurances France, Anne Reynaud revient pour Décideurs Juridiques sur un parcours ancré dans le contentieux international, la gestion des risques complexes et la construction de produits d’assurance globaux.
Anne Reynaud, l'amour du risque
Diplômée en droit international privé à Paris 2 Assas et affaires internationales à Paris 9 Dauphine, Anne Reynaud commence sa carrière chez Clifford Chance, où elle passe dix années, immergée dans le contentieux international des affaires. « J’ai eu la chance de traiter très tôt des litiges complexes, aux enjeux transnationaux », se souvient-elle. Elle cite notamment une affaire emblématique : un dossier pénal lié à un incendie dans un tunnel provoqué par un poids lourd auquel il était reproché un défaut de construction. « Pour défendre le constructeur, il a fallu plonger dans la mécanique moteur, les schémas techniques et les expertises après sinistre. Cette dimension technique m’a toujours passionnée. »
Cette appétence pour la technicité de son travail ne la quittera plus. En 2011, elle quitte la robe et rejoint Hiscox, d’abord à la direction sinistres responsabilité, avant de structurer progressivement une véritable activité de direction juridique France. Elle y restera cinq ans. Après un bref passage chez Chubb France, celle qui a enseigné à Sciences Po Paris et à l’université Paris 12 rejoint le comité de direction de Zurich France en 2017.
Une direction juridique en interface constante avec le business
Avec un effectif encore réduit (moins de 10 personnes), mais des enjeux juridiques d’une densité impressionnante, la direction juridique de Zurich France qu’elle dirige se structure selon une logique fonctionnelle internationale. Elle articule son activité autour de quatre piliers : la gouvernance, la conformité juridique et réglementaire, le contentieux et les relations avec les autorités. « Mais dans les faits, la majorité de notre activité gravite autour du conseil juridique aux opérationnels, notamment dans le cadre de la création de produits d’assurance et de la mise en place de programmes d’assurance internationaux », explique-t-elle.
Ces programmes, chapeautés par une police d’assurance dite « master », sont souvent établis depuis la France, puis déclinés localement grâce à des polices locales émises par des filiales ou des partenaires du groupe Zurich. « Ce sont des dispositifs qui nécessitent une coordination très fine entre les équipes de Zurich France et les équipes locales, afin de s’assurer que le programme réponde aux besoins du client tout en respectant les cadres juridiques propres à chaque pays », détaille-t-elle.
Concevoir l’assurance de demain
L’un des enjeux majeurs de la fonction réside dans l’adaptation rapide aux évolutions réglementaires, souvent venues de Bruxelles. « On ne se contente pas d’appliquer, on doit aussi “designer” les process, les outils informatiques, les clauses contractuelles, les exclusions, de manière à les rendre conformes et lisibles », poursuit Anne Reynaud. Elle insiste sur la complexité particulière du droit français en matière d’assurances : « Rédiger une clause d’exclusion formelle et limitée, au sens de la jurisprudence française, est aujourd’hui un exercice extrêmement exigeant. »
Sous sa direction, Zurich a lancé plusieurs produits véritablement conçus sur mesure pour des clients d’envergure, comme une police destinée à protéger les membres de Club Med contre les risques d’accident lors de leur séjour, ou encore une police couvrant les risques de responsabilité civile de l’ensemble des franchisés d’une grande chaîne de restauration rapide en France. « Ce que j’aime, c’est concevoir un produit de A à Z, en lien avec les souscripteurs, les prestataires, et les clients. »
« Rédiger une clause d’exclusion formelle et limitée, au sens de la jurisprudence française, est aujourd’hui un exercice extrêmement exigeant »
La direction juridique structure aussi ses process internes. Un workshop stratégique est prévu en interne pour renforcer l’efficacité opérationnelle. « Notre rôle ne se limite pas à produire du droit : on est un rouage central de la maîtrise du risque. Une police bien rédigée, c’est ce qui permet de sécuriser la couverture d’assurance, tant pour l’assureur que pour le client, notamment en cas de sinistre. »
Par ailleurs, Zurich investit dans des services de prévention des risques, y compris pour des non-assurés. Une plateforme d’analyse environnementale, appelée « Climate Spotlight », permet d’anticiper les impacts d’expositions climatiques (vagues de chaleur, inondations, tempêtes, etc.) sur des implantations industrielles, suivant les différents scénarios prospectifs du GIEC.
Cyber et avenir de la profession
Interrogée sur les tendances du marché, Anne Reynaud évoque les réflexions en cours sur le risque cyber, difficilement assurable lorsqu’il présente un caractère systémique. « Il y a notamment un vrai sujet autour du risque de guerre cybernétique, qui nécessitera sans doute une réponse étatique à l’avenir. »
Côté organisation, elle observe une évolution vers des directions juridiques plus intégrées, mais encore très agiles, notamment dans le secteur de l’assurance. « La direction juridique, ce n’est plus un simple back-office. Elle travaille en lien constant avec l’ensemble des services de l’entreprise : le business, les actuaires, les commerciaux, la compliance… »
Et les cabinets d’avocats dans tout ça ? Anne Reynaud en attend une grande rigueur technique, bien sûr, mais surtout une orientation business. « Je ne veux pas d’une note doctrinale de 30 pages qui m’explique le droit. J’ai besoin de solutions opérationnelles, rapides, efficaces. » Les honoraires sont aussi un critère : « Ayant moi-même été avocate, je sais valoriser un travail bien fait, mais je demande systématiquement un chiffrage estimatif pour gérer mon budget. »
Mathilde Aymami


