Réalisé par Michael Kirk et disponible sur la plateforme Arte, le documentaire « Donald Trump contre la loi » examine le rapport au droit du président des États-Unis. Un décryptage utile pour comprendre comment le pouvoir exécutif peut saper un État de droit.
« Donald Trump contre la loi » ou les liaisons dangereuses du président américain avec le droit
Le documentaire s’ouvre sur un Donald Trump signant à la pelle des décrets pour défaire l’œuvre de l’administration Biden – 78 mesures rayées d’un coup de crayon, un fait acclamé par une foule de 20 000 sympathisants au sein de la salle omnisport Capital One Arena. Cette mise en scène a été savamment orchestrée pour faire passer un message : le président de retour au pouvoir fait et défait le droit à sa guise. L’accord de Paris sur le climat ? On en sort. Les embauches fédérales ? Suspendues. « Il agit d’un coup de feutre », commentent les experts interviewés pour les besoins du très bon documentaire réalisé par Michael Kirk, dont la filmographie compte également un portrait de Joe Biden et un autre sur le parcours belliqueux de Vladimir Poutine.
Selon Michael Kirk, il faut remonter au départ de Donald Trump de la Maison-Blanche à l’issue de son premier mandat pour décrypter la manière dont il se réapproprie du crédit politique et, finalement le pouvoir, pendant les quatre années qui suivront. Isolé dans sa maison de Mar-a-Lago, le magnat de l’immobilier n’est plus qu’une « carcasse d’animal politique ». Donald Trump est inquiété de toutes parts, notamment pour entrave à la certification du résultat électoral et complot pour renverser les résultats de 2020, conservation illégale de documents classifiés et entrave à la justice, pour falsification de registres commerciaux, et aussi pour entrave au processus démocratique et tentative de manipulation des votes des grands électeurs, en lien avec l’attaque du 6 janvier 2021 contre le Capitole par des soutiens du président déchu… Les ennuis judiciaires s’accumulent pour lui, et conduisent certains de ses supporters à crier à l’« instrumentalisation politique de la justice ». Ces démêlés avec l'institution deviendront pourtant devenir le socle de l’autorité qu’il revendiquera lors d’un second mandat placé sous le signe de la revanche .
Un président qui réunit tous les pouvoirs
Le documentaire explore également une théorie minoritaire portée par John Yoo, ancien assistant du juge Clarence Thomas, professeur de droit à Berkeley : la théorie de l’exécutif unitaire. Elle ferait pâlir Montesquieu et porte en substance l’idée que le président est au-dessus des lois. C’est l’affaire Nixon qui a mis en lumière cette acception du pouvoir exécutif qui veut concentrer le pouvoir dans les mains d’un homme et qui suppose qu’un acte présidentiel n’est, par essence, jamais illégal. Une interprétation de la Constitution qui ne rallie qu’une adhésion très limitée des juristes. Le président Nixon, accusé d’avoir instrumentalisé le FBI et le fisc contre ses adversaires politiques, s’était accroché à cette théorie pour refuser de collaborer avec la justice qui enquêtait sur ses casseroles. Pour John Yoo, le pouvoir de la présidence a « touché le fond » pendant les années qui ont succédé au WaterGate. Les attentats du 11 septembre 2001 marquent, selon le documentaire, un tournant avec un retour de l’exécutif fort sous l’ère Bush. Au fur et à mesure que les conservateurs reprennent possession du congrès, la théorie de l’exécutif unitaire se diffuse dans les esprits. Résultat : en février 2021, dans le cadre de la procédure d’impeachment votée par la Chambre des représentants pour le chef d’« incitation à l’insurrection », les membres du Congrès prêts à déclarer illégales les actions de Donald Trump dans l’affaire de l’assaut du capitole manquent leur cible. Cinquante-sept sénateurs (50 démocrates et 7 républicains) votent pour la condamnation, 43 contre. Or, la Constitution exige une majorité des deux tiers (67 voix).
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Les témoins interrogés insistent sur le caractère déterminant de cette décision aux conséquences historiques. Elle conforte Trump dans l’idée qu’il est au-dessus des lois. Et valide sa stratégie de sidérer les citoyens attachés à l’État de droit en multipliant les actions qui se moquent des normes juridiques dès l’ouverture de son second mandat. Comme celui d’accorder la grâce à l’ensemble des émeutiers condamnés pour l’assaut du Capitole. Interrogeant des personnalités politiques et juridiques de tout bord, le documentaire explique comment le traitement judiciaire de l’assaut du siège du Congrès a servi les intérêts de Donald Trump et lui a ouvert un boulevard pour régner à sa façon.
Un ministère de la Justice au service du Président
Durant la première présidence, ce sont les juristes qui lui ont mis des bâtons dans les roues. Les convictions conservatrices de certains d’entre eux ne les ont pas empêchés d’exprimer leur désaccord avec l’administration Trump au regard de l’incompatibilité de son mode de gouvernement avec le droit. Pour son deuxième mandat, Donald Trump et sa garde rapprochée passent au peigne fin les CV des juristes qui les épauleront. C’est ainsi que Pamela Bondi, qui fut l’avocate personnelle de Donald Trump, est propulsée au poste de ministre de la Justice. Le constat ne cesse d’être répété pendant l’heure et demie que dure le documentaire : Donald Trump récompense la loyauté.
La nette séparation entre l’exécutif, le FBI et la justice, bouclier pour éviter de reproduire l’incident Nixon, a été réduite à peau de chagrin avec l’administration Trump. Le documentaire diffuse les séquences montrant un Donald Trump qui se rend au ministère de la Justice, en véritable propriétaire des lieux. Même des juges conservateurs dénoncent cette intrusion de l’exécutif dans l’antre de la justice. Le pic est atteint lorsque Pamela Bondi déclare : « Nous œuvrons pour le plus grand président de notre pays. » Concluant ainsi que son ministère était au service du président.
« Vous avez vu tous ces cabinets qui signent des accords avec moi. Ils me donnent cent millions de dollars, mais ils n’ont rien fait de mal »
Autre point abordé par le documentaire : les attaques de Donald Trump à l’endroit des avocats. Le président signe des décrets qui privent les avocats d’accès aux bâtiments fédéraux et oblige les agences fédérales à revoir ou à résilier tout contrat gouvernemental avec certains cabinets : Perkins Coie, Covington & Burling, WilmerHale… Ce qui signifie en clair : « Je peux vous mettre à genou ». Au 1,2 million d’avocats, il adresse un message : ne défendez pas mes opposants. « Vous avez vu tous ces cabinets qui signent des accords avec moi. Ils me donnent cent millions de dollars, mais ils n’ont rien fait de mal », se moque-t-il publiquement. Le documentaire fait voir à son public la menace que représente un président prêt à mettre au pas une profession rouage de la démocratie, n’hésitant pas à menacer les cabinets les plus puissants au monde. Qui finissent par signer des accords avec ce président autoritaire pour sauver leur entreprise et s’éviter une exclusion des marchés.
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Pousser la Constitution à bout
L’interventionnisme de Donald Trump va loin, jusqu’à rebaptiser le golfe du Mexique, choisir les programmes des universités, ou bannir du vocabulaire des administrations et des entreprises. « Quand on prend le pouvoir, le système ne fait rien », résume Steve Bannon, cerveau de la première campagne de Trump, représentant de l’aile droite du mouvement MAGA (Make America Great Again), lui-même emprisonné pour entrave à l’enquête du Congrès sur l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021. Et dont l’avis est sollicité tout au long du documentaire. Harvard résiste. Les tribunaux résistent. Mais rien ne semble arrêter Donald Trump. Reste à voir ce que ce dernier fera en réponse à l’élection du 4 novembre d’un maire démocrate et musulman à la tête de New York, déjà qualifié de héros démocrate. En repoussant les limites constitutionnelles, Donald Trump chercherait à se mesurer à la Cour suprême et générer une crise constitutionnelle.
Anne-Laure Blouin
Trump contre la loi, réalisé par Michael Kirk, 83 minutes, disponible sur Arte
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