Un jeune romancier prometteur, une plongée dans les coulisses du capitalisme français, un français devenu célèbre au Japon, le pouvoir des plantes : découvrez la sélection littéraire de Décideurs Magazine.

Des copains pas comme les autres

Fauves

C’est l’histoire d’un petit club amical informel qui a fait et défait le capitalisme français durant vingt-cinq ans. À l’origine de ces réunions régulières entre grands patrons de l’Hexagone ? Claude Bébéar. Gascon de naissance modeste, cet ambitieux polytechnicien transforme l’Ancienne Mutuelle, installée depuis 150 ans à Rouen, en première compagnie d’assurances au monde, AXA. Celui que l’on qualifie d’ami fidèle croit à la force du réseau. Il crée dans les années 1980 Entreprise et Cité, une organisation quasi secrète qui regroupe de jeunes dirigeants alors méconnus : Vincent Bolloré, Michel Pébereau, Thierry Breton, Bernard Arnault, Jean-René Fourtou.... Toujours autour d’une bonne tablée, ils nourriront leurs stratégies, leur culture et leurs connaissances de l’économie. De l’extérieur, s’ils ressemblent à des loups solitaires, ces dirigeants chassent en meute. Ils peuvent compter les uns sur les autres pour faire grossir leurs sociétés. Dans Les Grands Fauves, l’ancien grand reporter au Figaro Christophe Labarde nous ouvre les portes de ces rencontres et des négociations boursières qui ont tenu en haleine la place de Paris. On comprend que le capitalisme français s’avère être avant tout une question d’hommes. Le style du récit est vif pour cet essai qui relèverait presque du roman d’action.

Les Grands Fauves, l’histoire secrète du capitalisme français, de Christophe Labarde, Plon, 496 pages, 13 euros

La vie de château ?

Quentin

Une colonie de vacances dans un château au bord de la mer. La petite Louise, fille de riches industriels, aurait tout pour être heureuse. Oui mais… elle réalise peu à peu que les autres enfants sont nombreux à être étrangement éteints et apathiques. Certains disparaissent même mystérieusement dans l’indifférence générale. Les monos soi-disant bienveillants se muent en redoutables gardes-chiourmes. Aidée par quelques camarades, l’enfant va tout mettre en œuvre pour quitter cette prison dorée. Pour un premier roman, Quentin Ebrard place la barre très haut. Si sa plume est poétique et sensible, il se révèle surtout un scénariste hors pair. Ce n’est qu’à la dernière page que l’on découvre, à la surprise générale, la réalité perturbante, mais finalement logique. L’auteur a parsemé le récit de petits cailloux quasi invisibles qui reviennent à l’esprit lors du dénouement. Retenez bien le nom de ce jeune romancier, il a tout pour faire parler de lui dans les années qui viennent. En le signant, Belfond, maison notamment connue pour éditer Murakami, a eu le nez creux.

Pourvu que mes mains s’en souviennent, de Quentin Ebrard, Belfond, 186 pages, 20 euros

Lost in Translation

Dabadie

Le nom de Florent Dabadie vous est probablement inconnu. Pourtant, au pays du Soleil-Levant, le Français est une véritable célébrité locale, ce qui est rare pour un gaijin, c’est-à-dire un étranger. Arrivé au Japon dans le cadre de ses études de japonais au milieu des années 1990, le Parisien y rencontre un succès inespéré et construit sa vie sur place : journaliste culture, traducteur officiel de Philippe Troussier, le sélectionneur de l’équipe nationale de football, reporter sportif, romancier… Le plus nippon des Français revient sur son parcours et son quotidien d’Occidental au Japon. Sans sombrer dans la caricature et l’autocélébration, l’auteur décrit son quotidien et certains aspects peu connus de la société locale : vie dans les quartiers populaires, monde du travail, rapport à l’autre, relations amoureuses, rôle des femmes, importance de la noblesse… Cet ouvrage est un "véritable shot de Japon" pour reprendre les mots de l’éditeur. À l’instar d’un verre de saké, il se déguste d’une traite.

Comment je suis devenu japonais, de Florent Dabadie, Les Arènes/Komon, 140 pages, 15 euros

L’homme qui aimait les plantes

Plantes

Voilà des millénaires que l’humanité se soigne avec des plantes. Si, depuis les années 1950, le contenu des médicaments a évolué pour préférer les molécules de synthèse aux herbes et autres fleurs, une grande partie de la population continue de se soigner naturellement. L’universitaire et pharmacien Jacques Fleurentin a consacré sa vie à étudier le monde végétal. Dans L’homme qui aimait les plantes, le lecteur suit – à travers des dessins aux allures d’aquarelles – ce passionné d’ethnopharmacologie lors de ses voyages en Afghanistan, au Yémen ou encore aux Galapagos. Dans 75 % des cas, le chercheur a pu constater scientifiquement l’efficacité des plantes médicinales préparées par les guérisseurs. Afin de ne pas perdre les savoirs ancestraux, les confirmer, les enrichir mais aussi protéger la biodiversité, l’expert les a répertoriés tout au long de son existence. Un travail colossal, loin d’être terminé quand on sait que sur les 250 000 espèces de plantes sur la planète, nous n’en connaissons que 1 % ; mais nécessaire à l’heure où la protection de l’environnement n’est plus négociable et où les risques de pandémie ne sont pas qu’une menace.

L’Homme qui aimait les plantes, de Stéphane Piatzszek et Benoît Blary, Soleil, 88 pages, 16,95 euros

Lucas Jakubowicz, Olivia Vignaud

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