Des cabinets ministériels aux directions du développement durable de grandes entreprises françaises, Marie-Claire Daveu s’est engagée toute sa carrière pour la protection de l’environnement et la transformation des organisations.

Pour cette Bretonne d’origine, tout a commencé par l’amour de la nature et du vivant : "J’ai voué depuis ma plus tendre enfance une passion aux animaux. Et puis j’ai eu la chance d’avoir des parents médecins qui m’ont très tôt éduquée aux liens entre santé et environnement, aux rôles du végétal et de l’animal dans l’équilibre des écosystèmes." C’est donc tout naturellement que Marie-Claire Daveu se tourne vers des études d’ingénieur agronome et obtient son diplôme de l’École nationale du génie rural, des eaux et des forêts.

Parcours hybride

La jeune femme veut "contribuer à l’intérêt général" et voit dans l’écologie une brique essentielle à cette mission. Son premier engagement est public, d’abord en tant que conseillère technique du Premier ministre de l’époque, Jean-Pierre Raffarin, puis comme directrice de cabinet de Serge Lepeltier, ministre de l’Écologie et du Développement durable. En 2005, elle s’essaye au monde de l’entreprise en devenant directrice du développement durable du groupe Sanofi-Aventis, avant d’être rappelée par Nathalie Kosciusko-Morizet en 2007 pour prendre la direction de son cabinet au sein de plusieurs secrétariats d’État, puis du ministère de l’Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement. En 2012, elle s’éloigne de la sphère publique en prenant les rênes de la direction du développement durable et des relations institutionnelles internationales du groupe Kering. Ce qu’elle retient de ces expériences ? "La plus grande différence entre l’action publique et privée réside dans la temporalité. Dans l’administration, le temps est plus long, avec des échéances plus éloignées, alors que dans l’entreprise, les choses vont plus vite, sont davantage rythmées. Si j’ai rejoint Kering, c’est parce que j’avais envie d’être dans le concret, l’opérationnel, avec une dimension internationale forte. Je me nourris de ces deux expériences et pense que rien ne pourra se dénouer si acteurs publics et privés ne marchent pas main dans la main." Elle en veut pour preuve, le "Fashion Pact", une initiative des grandes marques mondiales du luxe et de la mode, accompagnée et soutenue en 2019 par Emmanuel Macron à l’occasion du G7 de Biarritz, pour réduire l’empreinte environnementale du secteur.

"Rien ne pourra se dénouer si acteurs publics et privés ne marchent pas main dans la main"

Métamorphoses

Marie-Claire Daveu a vu évoluer la place du développement durable au sein des entreprises, passant de « nice to have, presque de la philanthropie », à stratégique. De simple sujet de compliance, à un facteur de développement. Mais, elle en est convaincue, cette métamorphose ne pourra pas réussir si elle est vécue comme une contrainte : "Il faut proposer un nouveau récit, de nouvelles opportunités, dans un esprit de dialogue. Quand je vois les fertilisations croisées qui naissent de notre "Material Innovation Lab" en Italie, je me dis qu’il y a de belles nouvelles histoires à écrire. La mode et le luxe ont d’ailleurs souvent été avant-gardistes en la matière, en définissant les nouvelles tendances, en suscitant de nouveaux désirs." Un discours qui résonne par particulièrement pour celle dont la plus grande fierté est d’avoir mis fin à la fourrure dans toutes les marques du groupe. "Pendant très longtemps, on a assimilé luxe et fourrure. On voit bien que les choses évoluent, qu’elles ne sont pas statiques, gravées dans le marbre." Passionnée d’équitation, Marie-Claire Daveu semble voir la lutte contre le réchauffement climatique comme une course de saut d’obstacles. À la fois dangereuse et enthousiasmante.

Et si la barre s’avérait trop haute ? Elle ne veut pas l’envisager : "Je crois à la volonté".

Antoine Morlighem

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