Décision inédite de l’Arcom. Vendredi 12 juin, l’autorité de régulation de l’audiovisuel a mis en demeure la chaîne du groupe Canal + pour « avoir présenté un déséquilibre manifeste et durable dans l’expression des courants de pensée et d’opinions », lui priant de « se conformer à cette exigence à l’avenir »
L’Arcom demande à CNews de se conformer au pluralisme
Nouveau rebondissement dans l’affaire CNews-Arcom. Le régulateur de l’audiovisuel annonce que CNews doit se conformer plus strictement à ses obligations de pluralisme. L’annonce a fait grand bruit lors de la conférence de presse lundi 15 juin. D’après le régulateur, CNews présente un déséquilibre structurel dans la représentation des opinions sur certains sujets, notamment l’immigration et la sécurité.
Un « déséquilibre manifeste » dans le traitement de l'actualité
Depuis mars 2025, l’Arcom s’est plongé dans la grille de programme de CNews, visionnant plus de « 146 émissions » de la chaîne, soit « cent soixante-huit heures de programmes ». Parmi les principaux sujets traités figurent en premier lieu, « la sécurité », « la guerre en Ukraine », « l’Algérie », la « vie politique », « La France insoumise », la « vie quotidienne », le « voile dans le sport », « l’immigration », « Emmanuel Macron » et « l’antisémitisme ».
« La décision pointe aussi le traitement du procès de Marine Le Pen et la condamnation de cette dernière, systématiquement présentée comme un “déni démocratique” et un “coup d’État judiciaire”, sans que d’autres versions ne soient exposées comme crédibles », ajoute Libération.
Pour l’Arcom, ce traitement de l’actualité « univoque » et les opinions exprimées « convergent très majoritairement dans un seul sens », ne respectant pas le pluralisme tel qu’exigé par le Conseil d’État en 2024. En clair, avec cette mise en demeure, l’Arcom applique pour la première fois cette jurisprudence de la haute juridiction administrative à l’égard de CNews, qui n’a désormais plus d’autres choix que de veiller à varier sa programmation pour ne pas s’exposer à des sanctions supplémentaires à l’avenir.
L'Arcom franchit un nouveau cap contre CNews
« Un pas considérable pour la régulation a été franchi », se réjouit Thibaut Bruttin, directeur général de Reporters sans frontières (RSF). En 2021, l’ONG saisie reprochait à l‘Arcom de manquer à ses obligations de veiller au pluralisme alors que selon elle, CNews y faisait gravement entorse. En 2024, le Conseil d’État publie une décision historique dans laquelle il juge que, pour apprécier le respect du pluralisme de l’information, l’Arcom doit « prendre en compte la diversité des courants de pensée et d’opinions représentés (…) et pas uniquement le temps d’intervention des personnalités politiques. » Quelques mois plus tard, le régulateur de l’audiovisuel et du numérique prend acte de cette jurisprudence et étend le contrôle du pluralisme de l’information conformément aux exigences de la haute jurisprudence administrative. Le 10 juillet 2024, l’institution sanctionne CNews à hauteur de 80 000 euros d’amende pour défaut de contradictoire. Rebelote en novembre de la même année : la chaîne de Vincent Bolloré écope de deux nouvelles sanctions pécuniaires, de 100 000 et 50 000 euros, toujours pour défaut de contradictoire dans les émissions En quête d’esprit et Morandini Live. En 2025, CNews est mis en demeure pour des propos jugés discriminatoires à l’antenne et, en février dernier, deux nouvelles amendes sont prononcées à son encontre. Début mars, ce sont les professionnels du droit qui lèvent la voix contre l’Arcom. Cinquante-sept juristes, professeurs de droit et universitaires ont déposé un référé-liberté devant le Conseil d’État, reprochant à l’Arcom son inaction face au manque de pluralisme de CNews et Europe 1, en pleine campagne des élections municipales. La procédure d’urgence avait finalement été rejetée par la haute juridiction administrative, faute « d’éléments justifiant une intervention du juge des référés ».
À l'approche de 2027, la pression monte
À l’approche des présidentielles, la décision de l’Arcom rendue ce 12 juin constitue une sérieuse mise en garde pour CNews. Le régulateur a d’ailleurs prévenu : il sera particulièrement vigilant au respect du pluralisme en cette période pré-élection et n’hésitera pas à agir de son propre chef. Si CNews ne se met pas au diapason, l’Arcom pourra récidiver et imposer de nouvelles sanctions financières.
« C’est une décision sans précédent sur cette thématique et une décision accablante pour CNews, se satisfait le responsable du bureau d’investigations de RSF Arnaud Froger auprès de Libération. L’Arcom arrive au même constat que nous et est très claire, très nette : il y a une hyperconcentration éditoriale et il n’y a pas de pluralité de points de vue sur cette chaîne. »
De son côté, CNews est bien décidé à ne pas se laisser faire et a indiqué contester « fermement les griefs formulés par l’Arcom » et vouloir saisir le Conseil d’État. Affaire à suivre.
Ilona Petit


