2025 s’est achevé sur une note positive pour l’Autorité de la concurrence. Le régulateur a rendu pas moins de huit décisions contentieuses, certaines très remarquées, comme celle concernant les pratiques de non-débauchage ou encore celle prononcée à l’encontre de Doctolib. Côté contrôle des concentrations, l’Autorité n’est pas en reste puisqu’elle clôture l’année avec 328 décisions prononcées, signant un nouveau record.
2025 : l’Autorité de la concurrence fait le bilan
Apple, Doctolib… En 2025, l’Autorité de la concurrence a frappé fort du côté des géants de la tech, condamnant le géant californien pour abus de position dominante dans le secteur de la publicité à 150 000 000 euros d’amende et la licorne française à 4 665 000 euros d’amende.
Lire aussi Publicité en ligne : Apple condamné à 150 millions d’euros d’amende par l’ADLC
Lire aussi Doctolib sanctionné à 4,665 millions d’euros d’amende pour abus de position dominante
379,2 millions d’euros d’amendes
La seconde décision rendue en novembre a quelque peu secoué la sphère juridique, certains estimant que l’antitrust français « freinerait la croissance de la french tech ». Un reproche que Benoit Coeuré a balayé d’un revers de main dans une interview accordée aux Echos le 9 janvier. « On ne peut pas accuser l'Autorité de la concurrence d'avoir un biais contre la french tech ! » s’est-il exclamé, citant plusieurs décisions prises à l’encontre des Gafam « y compris sous l’administration Trump (…) [U]n opérateur en position dominante a aussi une responsabilité particulière. Parce qu'il est un gros poisson dans un petit étang, à chaque fois qu'il bouge, il provoque des vagues », a-t-il justifié.
Parmi les autres décisions phares de l’année, il y a celle concernant le « no poach », ces pratiques consistant, pour des entreprises, à s’entendre sur des clauses de non-débauchage de salariés ou encore l’entente des distributeurs de carburants corses. En 2025, l’ADLC a également condamné le groupe martiniquais Parfait à 7,6 millions d’euros pour non-respect de ses engagements.
Au total, l’Autorité a prononcé 379,2 millions d’euros d’amende contre 1,4 milliard l’an passé pour le même nombre de sanctions prononcées. Une année que Benoit Coeuré a qualifiée lui-même d’historique.
328 opérations de concentration, record battu
2025 marque également le nouveau record pour ce qui est du nombre d’opérations contrôlées, avec 328 contre 295 en 2024 : 94 % des opérations ont été acceptées sans engagements et aucune n’a fait l’objet d’une « phase 2 » nécessitant un examen approfondi.
Sans surprise, et à l’instar de 2024, c’est le secteur de la grande distribution qui aura le plus occupé l’ADLC, qui constitue plus de la moitié des opérations analysées. Certaines avaient comme condition, de la part des acheteurs, le rachat de magasins Casino par Auchan celui de Cora et Match par Carrefour ou encore celui de magasins Bio&Co par Marcel&Fils.
Le secteur de la grande distribution devrait encore continuer à donner du pain sur planche à l’Autorité : l’ancêtre du Conseil de la concurrence a, pour la première fois, engagé sur le fondement de l’article L462-10 du Code de commerce une procédure de bilan concurrentiel concernant les alliances à l’achat Aura et Concordis.
En 2026, le contrôle des concentrations pourrait connaître un vent de renouveau : depuis 2024, l’Autorité planche sur une éventuelle révision des seuils de notification (à l’exception des départements et régions d’outre-mer), jamais retoqués depuis 2009. Objectif ? Relever ces fameux seuils et ainsi réduire le nombre d’opérations contrôlées et in fine la charge administrative des entreprises. Inscrite par le gouvernement dans la loi de simplification, la disposition se trouve toujours devant le Parlement.
Autre sujet sur lequel travaille l’Autorité : la création d’un éventuel pouvoir d’évocation qui lui permettrait de se saisir de certaines opérations qui se trouvent sous les seuils. Le projet a déjà fait l’objet d’une consultation publique début 2025 et les discussions avec le gouvernement sur le sujet suivent leurs cours. « La priorité est de fournir de la sécurité juridique aux entreprises […] Je pense en effet qu'il serait bon que la loi dise qu'on ne peut pas évoquer une opération plus de X mois ou trimestres après la réalisation de l'opération », rassure Benoit Coeuré.
17 avis consultatifs
Cette année, l’institution de la rue de l’Échelle a rendu pas moins de 17 avis dans le cadre de sa mission d’autorité consultative. Soins vétérinaires, VTC, granulés de bois de chauffage, agroéquipements, assurances… L’Autorité s’est prononcée sur une diversité de secteurs très variés. Elle a également éclairé le gouvernement sur l’installation des avocats aux conseils et des commissaires de justice et rendu un avis-bilan de la liberté d’installation et de la réforme tarifaire de certaines professions du droit, dont certaines recommandations ont d’ores et déjà été adoptées par le gouvernement. Enfin, à sa propre initiative, l’Autorité s’est intéressée aux conséquences concurrentielles des systèmes de notation de produits et de services de consommation et a étudié l’impact énergétique et environnemental de l’intelligence artificielle. En novembre dernier, l’Autorité à également rendu au parlement et au gouvernement son avis sur les pratiques d’autoréférence, estimant le cadre législatif français suffisamment robuste pour appréhender ces pratiques.
Lire aussi Pratiques d’autopréférence : l’Autorité de la concurrence vigilante, mais pas inquiète
Lire aussi Avocats au Conseil : l’ADLC préconise la création d’un nouvel office
Et pour 2026 ? Pas de grandes résolutions pour l’Autorité de la concurrence qui compte poursuivre celles des précédentes années, à savoir la lutte contre les comportements anticoncurrentiels et une attention particulière portée au secteur de l’intelligence artificielle en plein essor et aux territoires d’outre-mer, fortement soumis à la hausse des prix. En outre, l’ADLC renouvelle son engagement en faveur de développement durable et continuera à soutenir les entreprises dans cette voie.
Et l’année a démarré sur les chapeaux de roue puisque, que le mois de janvier à peine entamé, l’Autorité s’est déjà autosaisie pour un avis sur les agents conversationnels, publié une étude sur les programmes de clémence et lancé un bilan concurrentiel sur les alliances à l’achat dans le secteur de grande distribution.
Lire aussi 2024, une année historique pour l’Autorité de la concurrence
Ilona Petit